Savoir pour agir

À la suite des événements tenus sous le thème « Des femmes demandent justice », Rachel Gouin, membre de l'équipe d'Inter Pares, a voulu partager réflexions et interrogations suscitées par les rencontres et les discussions avec ses collègues.
En septembre dernier, Inter Pares a réuni des femmes des quatre coins du monde pour nous aider à mieux cerner ensemble la problématique de la violence sexuelle contre les femmes dans les situations de conflit armé. Nous nous sommes demandé pourquoi cette violence était si répandue et quelles en étaient les causes. En faisant front commun avec celles et ceux qui luttent pour la paix et la justice sociale, Inter Pares a pu organiser des rencontres et un dialogue autour d'un thème aussi délicat. Les débats ont tourné autour des structures patriarcales, du continuum de la violence, du féminisme et de la résistance. À travers la discussion, des mots chargés de sens sont devenus des réalités palpables. Ils ont permis de décrire nos expériences et les contextes de notre action : au Pérou, en Colombie, au Burundi, au Soudan, au Guatemala, en Birmanie et au Canada.
En tant que militante et membre de l'équipe d'Inter Pares, j'ai puisé mon inspiration dans les paroles d'Asha, de Tay Tay, de Diana et des autres qui racontaient leurs expériences et présentaient leurs réflexions et leurs analyses. J'ai été saisie par la question d'Asha : « Qu'est-ce qui donne au prédateur la légitimité, le pouvoir ou l'excuse du recours à la violence sexuelle comme arme de guerre ? » Tentant d'y répondre, nous avons conclu que la violence tolérée dans l'espace privé justifie et encourage la violence dans la sphère publique et vice versa. Ces deux espaces ne sont pas séparés par des cloisons étanches même si les circonstances et la motivation des responsables de la violence sont différentes. La domination qu'exercent les hommes sur les femmes constitue la toile de fond sur laquelle se dessinent les atrocités ourdies et perpétrées contre les femmes en temps de guerre. Lorsque les conflits armés prennent fin sans que les injustices qui les ont causés aient été réparées, les structures du pouvoir, dont celles qui justifient la violence sexuelle, demeurent inchangées laissant de nombreux crimes impunis. Une acception élargie de la notion de violence sexuelle contre les femmes nous permet de dénoncer autant l'État qui commandite la violence que ceux et celles qui s'en font les complices. Elle ouvre aussi le champ à une réflexion individuelle qui nous amène à remettre en question la manière dont nous perpétuons l'inégalité des sexes au quotidien.
Évoquant les défis qu'elle doit relever dans son action le long de la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie, Tay Tay s'est demandé : « Comment faire face à la violence institution-nelle sans remettre en cause les structures patriarcales à l'origine de cette violence? » Quant à Giulia du Pérou, elle nous a rappelé que « dans des sociétés de plus en plus militarisées, les stéréotypes sexuels sont manipulés à des fins politiques et militaires ». En l'absence d'une analyse des inégalités sexuelles systémiques, les actes de violence contre les femmes peuvent sembler aléatoires, incohérents ou sans fondement. Sans une critique de la militarisation de la société, les survivantes d'un viol restent victimes des circonstances : elles se sont trouvées au mauvais endroit, au mauvais moment. Mais, en réalité, la violence contre les femmes précède l'apparition des conflits et perdure après la signature des accords de paix. Bien qu'il faille faire face à la violence sexuelle dans les situations de conflit armé, il nous paraît évident que notre combat déborde de ce cadre étroit.
Pour pousser la réflexion, Inter Pares a organisé un dialogue entre des militantes canadiennes et nos homologues invitées. Ces dernières ont été consternées par la violence quotidienne à laquelle sont confrontées les femmes et les filles au Canada et par la manière dont le Canada porte atteinte à l'égalité des sexes. Nous sommes tombées d'accord sur le fait que toutes les sociétés, sans exception, se sont militarisées jusqu'à faire de la sécurité une obsession et qu'il est donc impératif de poursuivre notre action et des dialogues féministes pour transformer l'idéologie de la peur qui prévaut à l'heure actuelle.
Bien que les sociétés patriarcales dans lesquelles nous vivons se caractérisent par des formes de pouvoir et d'oppression variées et bien que les combats soient aussi différents, l'objectif ultime, à savoir, mettre fin à la violence faite aux femmes, est universel. Les événements de septembre m'ont rappelé que des femmes venues d'horizons divers peuvent partager la même analyse des causes profondes de la violence qui leur est faite. Le féminisme ne se réduit pas à la recherche d'une égalité universelle ; c'est une action commune pour traduire cet idéal dans la réalité. Ensemble, nous saurons aller de l'avant sur le chemin de l'humanité.
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Avec le soutien de milliers de Canadiennes et de Canadiens, Inter Pares travaille au Canada et à travers le monde avec des organisations qui partagent l'analyse selon laquelle la pauvreté et l'injustice sont causées par les iniquités entre les nations et au sein de celles-ci. Inter Pares et ces organisations agissent en faveur de la paix et de la justice socio-économique dans leurs collectivités et leur société.
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La publication de ce Bulletin est subventionnée par l'Agence canadienne pour le développement international.
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