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Cinq ans après le coup d'État militaire en Birmanie : où en est-on aujourd’hui ? Nouvelles : 26 Fév 2026 Partager Imprimer cette page En août 2025, une frappe aérienne menée par la junte militaire dans l'État de Karenni a tué 32 civils. Plus de 5 millions de personnes ont été déplacées à la suite du coup d'État militaire en Birmanie. Crédit: Kantarawaddy Times Ce mois-ci marque le cinquième anniversaire du coup d'État militaire en Birmanie (également appelée Myanmar*). Un cap lourd de sens. Aujourd’hui, le pays fait face à un conflit qui s’intensifie, à des déplacements massifs de population et à des besoins humanitaires généralisés. Alors que la junte poursuit ses frappes aériennes contre des zones civiles, des millions de personnes demeurent en danger à travers le pays. Cinq ans après la fin brutale de la transition démocratique, quelle est la réalité sur le terrain ? Une crise humanitaire qui s’aggrave Même si la junte militaire ne contrôle aujourd’hui qu’environ 21 % du territoire, l’ampleur de ses violences et de leurs répercussions reste immense. Plus de 5 millions de personnes ont été déplacées par la guerre civile. Contraintes de fuir leur foyer, certaines ont quitté le pays, tandis que d’autres tentent de trouver refuge là où elles le peuvent, à l’intérieur des frontières. Près d’un quart de la population souffre d’insécurité alimentaire aiguë. Au quotidien, les communautés doivent composer avec la conscription forcée, les arrestations massives et des attaques répétées par avions et drones visant des zones civiles, notamment des hôpitaux, des habitations et des écoles. « Au cours de ces cinq dernières années, de nombreux civils ont perdu la vie à cause des frappes aériennes de la junte », explique Zue Padonmar, membre du gouvernement intérimaire mis en place dans l’État de Karenni à la suite du coup d’État. Ce gouvernement rassemble des partis politiques, des organisations de la société civile et d’autres acteurs afin de répondre aux besoins urgents de la population, coordonner les réponses à la violence de la junte et préparer un avenir démocratique. Inter Pares le soutient par l’entremise de ses partenariats de longue date avec des organisations locales de justice sociale. Les simulacres d’élections de 2025-2026 Entre décembre 2025 et janvier 2026, la junte a organisé des élections présentées comme un moyen d’apaiser les tensions. En réalité, elles n’ont eu lieu que dans les zones sous contrôle militaire et ont exclu les principaux partis d’opposition. Ces élections se sont déroulées dans un climat de violence généralisée. L’armée a intensifié ses attaques contre les civils pour tenter de reprendre des territoires où le scrutin devait se tenir. À elle seule, la période électorale a été marquée par 408 frappes aériennes documentées. « Ceux qui organisent les élections commettent des violences contre les civils chaque jour. D’un côté, ils parlent d’élections ; de l’autre, ils bombardent de nombreux États », nous a confié Zue récemment. « Ces élections ne sont pas légales et ne peuvent pas résoudre les problèmes du Myanmar. » De nombreux pays, dont le Canada, ont condamné ces élections. Les communautés rohingyas en quête de justice devant la CIJ Les récentes élections frauduleuses ont explicitement exclu les communautés rohingyas, ainsi que les populations déplacées et les minorités, de toute participation. Si cela s'inscrit dans la continuité d'une longue tradition consistant à refuser aux Rohingyas la citoyenneté, le droit de vote et la reconnaissance, une lueur d'espoir pour la justice est récemment apparue. En janvier 2026, des audiences publiques ont débuté devant la Cour internationale de justice (CIJ) dans l’affaire de génocide intentée par la Gambie contre le Myanmar concernant le traitement infligé à la minorité rohingya. Des membres de cette communauté, survivants de violences et d’oppressions largement documentées, ont témoigné devant la Cour. Cette affaire pourrait créer un précédent historique. L’espoir est qu’une décision favorable oblige le pays, une fois revenu sous contrôle civil, à respecter les droits des Rohingyas et à permettre la pleine participation démocratique de tous les peuples de Birmanie. Féminisme et transformation systémique au cœur de la révolution Pour de nombreuses personnes en Birmanie, la révolution ne vise pas seulement un changement de régime, mais la construction d’un avenir différent : une démocratie fédérale inclusive des peuples autochtones**, des femmes et d’autres groupes marginalisés. Les femmes participent à la société civile depuis des décennies, et leur leadership est devenu central dans le mouvement démocratique. Depuis le coup d’État, leur engagement s’est encore élargi, investissant de nouveaux espaces politiques et administratifs issus de la révolution. Malgré la guerre civile et le poids persistant des normes patriarcales, des personnes comme Zue, qui contribuent à bâtir de nouveaux systèmes de gouvernance, travaillent à les rendre plus inclusifs que ceux du passé. « Dans cette révolution, la responsabilité des femmes ne consiste pas seulement à renverser la dictature militaire et à construire une démocratie fédérale… nous devons aussi abolir le système patriarcal », affirme-t-elle. Pour elle, le féminisme n’est pas un ajout, mais un pilier central du changement. « Cette révolution n’est pas seulement un changement de régime, c’est un changement de système. » * Pourquoi certaines personnes disent-elles Birmanie plutôt que Myanmar ? En 1989, le régime militaire a remplacé le nom Birmanie par Myanmar. Pendant des décennies, le mouvement démocratique a continué d’utiliser Birmanie comme geste de résistance. Durant la période démocratique, de nombreux pays, dont le Canada, ont adopté l’usage de Myanmar. À Inter Pares, nous suivons l’exemple de nos homologues, qui utilisent majoritairement Birmanie, tout en reconnaissant l’usage courant de Myanmar. ** La Birmanie est un pays ethniquement diversifié. L’ethnie majoritaire est birmane, tandis qu’une grande partie de la population s’identifie à une nationalité ethnique distincte. Plusieurs peuples et organisations se définissent comme autochtones, même si ce terme n’est pas encore largement utilisé dans le pays. Au Canada, Inter Pares emploie le terme « autochtone » pour faciliter la compréhension d’enjeux comme l’assimilation, l’oppression et l’autodétermination. « Cette révolution n’est pas seulement un changement de régime, c’est un changement de système. » Faire un commentaire You must have JavaScript enabled to use this form. Votre nom Comment * Sauvegarder Leave this field blank