Démanteler le racisme et l’exclusion systémiques en Colombie

Feb 02, 2021
 Des enseignant.e.s afro-colombien.ne.s de la côte Pacifique participent à une manifestation dans la ville de Pasto en soutien à l' ethno-éducation.Crédit: UNAFRO

« Cessez ce que vous faites ou vous en payerez les conséquences. » Manuel Angulo1, un enseignant afro-colombien2 et leader dans sa communauté, ne savait que trop bien à quel point cette menace devait être prise au sérieux. Manuel travaille  depuis plus de 20 ans à promouvoir les droits des communautés afro-colombiennes. Une grande partie de son travail consiste à lutter pour l’ethno-éducation : le droit des enfants afro-colombiens à une éducation de qualité et adaptée aux réalités culturelles, qui reflète leur histoire et leurs traditions et qui déconstruit les stéréotypes racistes et les idéologies coloniales prévalant dans le programme scolaire actuel.

Au fil des ans, cette lutte et plusieurs autres, incluant le droit au consentement préalable, libre et éclairé concernant les projets de développement affectant les territoires afro-colombiens, ont amené Manuel à assumer plusieurs rôles de leadership. Cela lui a mérité le respect de sa communauté, mais a aussi fait de lui la cible de personnes influentes et investies dans le maintien du statu quo.

La Colombie compte l’une des plus grandes populations afrodescendantes en Amérique latine, représentant approximativement un quart de la population du pays. Les Afro-Colombiens, dont plusieurs des ancêtres ont été kidnappés et victimes de la traite transatlantique des esclaves vers les Amériques, continuent de subir de fortes discriminations. Aux côtés des peuples autochtones, les Afro-Colombiens connaissent un fort taux de pauvreté, exacerbée par des décennies de conflit armé qui les a affectés de façon disproportionnée. Pour Manuel, l’ethno-éducation n’est pas seulement une obligation du gouvernement; c’est fondamental pour aider au démantèlement du racisme et de l’exclusion systémiques auxquels font face les communautés autochtones et afro-colombiennes.

Depuis la première menace reçue en 2017, Manuel et sa famille ont été forcés à se relocaliser cinq fois et font maintenant partie des 7,5 millions de personnes déplacées en Colombie. L’organisation qu’il dirige – UNAFRO – relève de COMOSOC, une coalition d’organisations et de mouvements sociaux appuyée par Inter Pares. Depuis 2016, plus de 1 000 leaders sociaux, y compris de nombreux membres de COMOSOC, ont été assassinés en raison de leur travail de remise en cause des systèmes fondamentalement injustes.

Les menaces auxquelles font face Manuel et tant d’autres personnes comme lui ne peuvent continuer. Inter Pares poursuivra sa collaboration avec ses homologues colombiens et alliés au Canada afin de demander au gouvernement colombien de prendre des mesures concrètes pour mettre fin aux violences structurelles, de respecter ses engagements pris lors de l’accord de paix en 2016 et de cesser les attaques systématiques à l’encontre des leaders sociaux au pays.

 

1Le vrai nom de Manuel a été changé pour protéger son identité.
 2Les mouvements afro-colombiens œuvrant pour les droits humains et la justice sociale utilisent généralement la terminologie « populations noires, afrodescendantes,  Palenquera et Raizal », qui reflète les différents groupes culturels et démographiques dans le pays. Par souci de synthèse, nous utilisons le terme « afro-colombien » dans cet article.

. Pour Manuel, l’ethno-éducation n’est pas seulement une obligation du gouvernement; c’est fondamental pour aider au démantèlement du racisme et de l’exclusion systémiques.