La paix n’est pas une mince affaire

Sep 01, 2016
L'organisation des femmes karen promeut le rôle des femmes dans le processus de paix: Crédit: Organisation des femmes karen

La paix. Ce terme évoque la douce image de communautés baignant dans la tranquilité. Dans des pays comme la Birmanie, ravagée par des décennies de conflit, le début d’un processus de paix fait souffler un vent d’optimisme sur les médias nationaux et internationaux; il rassure les diplomates et les investisseurs et relance les activités de développement. Mais pour celles et ceux qui ont été directement touchés par le conflit, cet enthousiasme est teinté d’un scepticisme né d’une impression de déjà-vu.

Dès 2011, le gouvernement birman marque un intérêt renouvelé pour l’instauration de la paix; mais, comme par le passé, le processus est lent et controversé. Tout comme ailleurs dans le monde, il est aussi conduit par des hommes, bien que la participation des femmes soit garante d’accords plus durables. D’ailleurs, leur absence des divers pourparlers sur le cessez-le-feu et initiatives de consolidation de la paix a vite été soulignée. Malheureusement, la question de leur participation est sujette à toutes sortes d’interprétations; pour beaucoup, le fait qu’elles soient simplement autour de la table semble suffisant.

En Birmanie, le processus de paix pâtit du mystère qui l’entoure, de l’exclusion de nombreux groupes ethniques armés, du blocage des pourparlers politiques et de la pression énorme que fait peser la poursuite des projets d’extraction des ressources naturelles. On s’attend à ce que les groupes de la résistance cautionnent un processus constitutionnel biaisé qui maintiendra l’emprise des militaires sur le pays et centralisera le pouvoir aux mains d’un gouvernement national, sapant les aspirations des groupes ethniques à l’autonomie dans le cadre d’un état de type fédéral.

Tout processus de paix est coûteux; mais il peut rapporter gros. La société civile peut-elle transformer les structures du pouvoir si le processus est encadré et contrôlé par une élite largement masculine et militaire? Pour les organisations communautaires, le choix est difficile : si elles refusent de s’engager dans un processus susceptible de consolider le pouvoir de l’armée et l’impunité de ses membres, elles risqueraient d’être encore plus marginalisées et taxées de belliqueuses. Certains groupes de défense des droits des femmes avec lesquels Inter Pares collabore ont adopté une posture critique, proposant des alternatives à ce processus tout en revendiquant l’inclusion des femmes. Pour Inter Pares, les dernières années ont été un rappel constant des défis liés à la consolidation de la paix et de la nécessité de soutenir les choix de ses homologues.

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