Pionnière des droits des femmes rurales : l’histoire de Mariam

Dec 27, 2018
 

Mariam Sow est  directrice d’ENDA Pronat, une ONG sénégalaise vouée au soutien de l’agriculture écologique, des fermes familiales et des droits des femmes.

Je suis née dans la campagne sénégalaise. Mes deux parents étaient agriculteurs. Lorsque j’étais étudiante, j’ai rencontré une Française qui travaillait pour la Maison familiale rurale, une organisation qui offrait de la formation agricole dans mon village. Elle m’a demandé de l’accompagner et de lui donner un coup de main pour la traduction alors qu’elle s’apprêtait à rencontrer des femmes de la région. Le travail qu’elle faisait auprès des femmes de mon pays me fascinait. Je me souviens m’être dit à moi-même : « Pourquoi est-ce que je ne pourrais pas faire ça? »

J’ai eu la chance de pouvoir terminer l’école, et plus tard, j’ai été embauchée par ENDA Pronat pour sensibiliser les gens au sujet des dangers liés aux pesticides. À l’époque, les femmes se rendaient aux champs avec leurs enfants, qui prenaient des pesticides retrouvés dans leurs bouteilles abandonnées pour du lait. Les enfants buvaient les pesticides, ils  tombaient gravement malades, et les femmes devaient vivre avec cette lourde culpabilité. Nous discutions des dangers des pesticides — mais les discussions nous amenaient rapidement à aborder les solutions de rechange possibles. Comment pouvons-nous cultiver la terre sans pesticides ou intrants chimiques? Depuis toujours, ce sont les femmes qui sont les plus intéressées par cette question.

Nous avons commencé à travailler avec les femmes de différentes régions du Sénégal : les Niayes, Thiès, celle du fleuve Sénégal et Keur Moussa. Ces femmes ont été de véritables pionnières, testant des solutions de rechange et démontrant qu’il est possible de cultiver la terre sans produits chimiques. Toutefois, un important obstacle se trouvait sur leur chemin : les règlements locaux interdisant aux femmes d’accéder à la terre pour la cultiver. Afin de réclamer un plus grand contrôle sur leur propre vie, il devenait manifeste que ces femmes devaient trouver un moyen de se coordonner à travers le Sénégal. C’est pourquoi je suis fière d’avoir travaillé en 2001 avec ENDA Pronat et ses alliés pour mettre sur pied le Réseau national des femmes rurales du Sénégal.

Aujourd’hui, ce réseau compte plus d’une centaine d’organisations membres, soit 36 000 femmes agricultrices à travers le pays. L’année dernière, nous avons organisé notre plus grande assemblée à ce jour, qui a attiré 500 femmes. Des personnes représentant le ministère de l’Agriculture et celui de la Condition féminine étaient présentes, et ont ainsi pu entendre notre appel exigeant que les droits fonciers des femmes soient garantis. 

ENDA Pronat a collaboré pendant plus de dix ans avec Inter Pares à des activités régionales de plaidoyer. Le soutien offert par Inter Pares est important pour nous. Il nous donne le sentiment que notre lutte pour les droits des femmes est partagée. Il nous donne du courage. Il est essentiel de travailler de manière solidaire si nous voulons apporter des changements durables.

 

 

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