Vendus pour esclave : des réfugiés de Birmanie exploités par des trafiquants Malaisiens

Aug 19, 2009
Un camp de fortune dans la jungle
Près de Kuala Lumpur en Malaisie : un camp de fortune dans la jungle.

Victor Biak Lian ne pouvait dissimuler sa colère en racontant comment plusieurs jeunes birmans avaient été vendus comme esclaves. Victor, qui est fondateur de l’Organisation chin pour les droits de la personne, est un homologue d’Inter Pares.

Tout a commencé lorsque dix jeunes gens, comme des milliers d’autres, ont décidé d’échapper à la persécution dans l’état Chin, une zone de Birmanie hautement militarisée. Ils ont payé un passeur qui devait les faire entrer en Malaisie où ils espéraient trouver du travail. À la frontière entre la Malaisie et la Thaïlande, ils ont été pris en charge par un autre passeur. Deux d’entre eux ont alors été séparés du groupe et mis sur un bateau de pêche qui, pensaient-ils, devait les emmener en Malaisie. Là, ils ont été reçus par le capitaine qui, les tenant à la pointe de son fusil, leur a annoncé qu’ils étaient désormais sa propriété. Pendant vingt-deux jours, le bateau a sillonné les eaux au large des côtes thaïlandaises, malaisiennes et indonésiennes. Il y avait à son bord sept autres membres d’équipage, tous des quasi esclaves. Ils mangeaient peu et travaillaient dur.

Puis, un message d’avertissement de tempête a été diffusé par radio forçant le bateau à se diriger vers le rivage. Profitant de l’obscurité de la nuit, les hommes se sont laissé glisser le long de la coque. Au cours des quatre années suivantes, ils ont travaillé dans les plantations de caoutchouc le long de la frontière entre la Thaïlande et la Malaisie et ont pu voir les trafiquants à l’affût des réfugiés. Certains étaient réduits en esclavage; d’autres étaient emmenés en Malaisie moyennant une somme rondelette. Les réfugiées, quant à elles, dans bien des cas disparaissaient purement et simplement.

« Cette histoire n’a rien d’extraordinaire », explique Victor. « Des milliers de personnes réfugiées de la Birmanie viennent en Malaisie en quête de sécurité mais elles n’y trouvent qu’exploitation, extorsion, esclavage et parfois la mort ».

Les préoccupations de Victor ont été confirmées en avril dernier; le Comité chargé des relations extérieures du Sénat des États-Unis a publié un rapport sur la situation des réfugiés birmans en Malaisie et dans le sud de la Thaïlande. Celui-ci fait état de ce que les réfugiés sont souvent vendus comme esclaves dans les flottilles de pêche tandis que les femmes sont livrées aux bordels. On y condamne aussi le recours par les autorités malaisiennes aux groupes de gardes civils pour traquer les personnes réfugiées en vue de leur déportation. Le rapport contient aussi des informations sur des fonctionnaires malaisiens corrompus qui remettraient les personnes réfugiées aux trafiquants.

Il est nécessaire que la communauté internationale condamne ces excès afin d’y mettre un terme. En attendant, Inter Pares et l’Organisation chin pour les droits de la personne aident les personnes réfugiées en Malaisie à s’organiser pour être moins vulnérables. Ainsi les communautés de réfugiés négocient désormais directement avec les autorités auxquelles elles rapportent les cas de mauvais traitements et de corruption des fonctionnaires. Elles mettent au point des services de base et travaillent avec les institutions onusiennes pour protéger les femmes et les enfants.

Un jour, lorsque les droits de la personne et les libertés fondamentales seront restaurés en Birmanie, ces personnes réfugiées pourront rentrer chez elles. Pour l’heure, elles s’efforcent d’assurer leur sécurité collective dans un environnement hostile et souvent dangereux.

Certains [réfugiés] étaient réduits en esclavage; d’autres étaient emmenés en Malaisie moyennant une somme rondelette. Les réfugiées, quant à elles, dans bien des cas disparaissaient purement et simplement.

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