Rapport Annuel 2009 d’Inter Pares – Saisir l'instant

Auteur
Inter Pares
Page couverture du rapport annuel 2009
 

Jamais l’avenir n’a été si incertain, mais ce n’est pas plus mal. C’est le moment de créer quelque chose de… local, durable, humain, créatif, inclusif et ouvert à toutes les improvisations plutôt que figé sur place comme une idéologie indémontable. Cet instant, il nous appartient de le saisir.
Rebecca Solnit

Il y a quelques années, une membre de l’équipe d’Inter Pares a participé au festival de la biodiversité organisé par la Deccan Development Society dans l’état indien de l’Andhra Pradesh. Ce fut un spectacle extraordinaire. Une procession de paysannes allait d’un village à l’autre suivie d’un cortège de carrioles tirées par des bœufs tout enguirlandés. Les charrettes, ornées de gerbes de fleurs et drapées de tissus bariolés, étaient chargées de paniers remplis des semences conservées pour les prochaines semailles. Tout en défilant, les paysannes chantaient et dansaient exhibant avec fierté la richesse de la diversité biologique, pilier de leur activité agricole. À la fin de la parade, des jarres colorées et pleines de semences furent disposées en lignes et une lampe à huile allumée devant chaque rangée. Les femmes récitèrent alors des prières à l’intention du dieu de l’alimentation et de l’agriculture.


Ces paysannes indiennes savent que la diversité est l’essence même de la vie. Par leur travail à la ferme et dans les villages, elles réalisent une œuvre « locale, durable, humaine et créative » qui correspond à la description de Rebecca Solnit. Elles se donnent les moyens d’assurer leur sécurité alimentaire.


Au moment où s’achève la première décennie du 21e siècle, jamais le besoin de solutions créatives et durables n’a-t-il été si pressant. Des conflits violents se perpétuent au Moyen-Orient, en Irak, en Birmanie et en Afghanistan, ravageant des millions de vies. La crise économique a mis en évidence l’urgence d’une refonte du système financier mondial. La spéculation a fait décoller le prix des denrées alimentaires désormais trop cher pour des millions de personnes. Réunis à Copenhague, les dirigeants de la planète n’ont pu s’entendre sur un instrument contraignant de lutte contre les changements climatiques, laissant les pauvres du Nord comme du Sud exposés aux aléas météorologiques.


L’échec de la politique et des politiques laisse le champ libre aux personnes désireuses de prendre en main les rênes de leur vie, d’inventer de nouvelles manières d’avancer et d’imaginer un autre avenir. Partout dans le monde, on remet en question les vieux adages. Les idées reçues selon lesquelles la croissance économique permettra d’éliminer la pauvreté, les entreprises régleront l’insécurité alimentaire, les mécanismes du marché permettront une distribution des richesses et des privilèges et les solutions technologiques atténueront les changements climatiques sont toutes mises à mal. Les problèmes du monde ne seront pas réglés par des solutions imposées d’en haut et concoctées à Londres ou à Washington. Il n’y aura pas de paix sans justice parce que les crimes perpétrés ne s’effacent pas des mémoires.


À l’aube d’une nouvelle décennie, les voix du changement se font entendre. Partout dans le monde, on rejette la décision des gouvernements des pays du Nord de renflouer le Fonds monétaire international dont les politiques de prêt ont malmené les économies des pays du Sud. Partout dans le monde, on proteste contre « l’accaparement des terres » par des pays qui louent chez d’autres des champs immenses dont l’exploitation comblera leurs propres besoins alimentaires. Partout dans le monde, on résiste à la mainmise du secteur industriel sur la production alimentaire. Partout dans le monde, on réclame une collaboration internationale effective pour régler les problèmes planétaires comme le changement climatique.


Les trente-cinq années d’expérience et d’action d’Inter Pares renforcent notre conviction que la solution réside dans l’adoption de réponses diversifiées, multiples et localisées aux problématiques de la pauvreté, de l’oppression et de l’injustice. Il n’y a pas de panacée, pas de réponse unique à la faim, à l’oppression, au pillage des ressources de la planète; il en existe plusieurs. Il y a celles que proposent ces solides paysannes dans les champs de l’Andhra Pradesh qui labourent la terre en préservant la biodiversité et en chantant ses louanges. Il y aussi celles qu’apportent les équipes médicales mobiles qui fournissent des services de santé aux communautés déplacées de Birmanie. Il y a encore celles qu’ont trouvées les défenseurs des droits de la personne au Chiapas qui, en dépit des menaces de mort et des agressions, se portent témoins de la situation périlleuse. Il y a enfin celles qu’ont formulées ces Ghanéennes et ces Ghanéens qui réclament plus de transparence dans les accords sur l’extraction et le commerce des ressources minières signés par leur gouvernement avec les pays du Nord.


Dans ce Rapport annuel vous verrez comment Inter Pares et nos homologues saisissent l’instant, comment nous résistons ensemble à l’imposition de monocultures économiques et politiques tout en recherchant des solutions avec celles et ceux qui en sont les premiers touchés.


Nous vous invitons donc à saisir l’instant avec nous, en savourant la lecture de ce rapport.