ENTREVUE | Défendre les libertés civiles, défendre la démocratie

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« La peur empêche les gens de participer à la démocratie », explique Tim McSorley (à droite), coordinateur de la CSILC, un homologue d'Inter Pares. Crédit: CSILC

La Coalition pour la surveillance internationale des libertés civiles (CSILC) réunit des organisations de la société civile canadienne, dont Inter Pares, qui œuvre à la protection des libertés civiles et des droits de la personne contre les effets négatifs des mesures de sécurité nationale et de lutte contre le terrorisme. Tim McSorley, coordonnateur de la CSILC, nous a expliqué en quoi la défense des libertés civiles est essentielle à la protection de la démocratie.

L’entrevue a été éditée par souci de clarté et de concision.

  • Pourquoi la CSILC a-t-elle été créée et quelle fut la contribution d’Inter Pares? 

La CSILC a été fondée en 2002 à la suite des attentats du 11 septembre 2001 aux É.-U. et de la réaction du Canada. On a vu une augmentation incroyable du recours aux outils de surveillance, aux pouvoirs policiers et aux mesures de sécurité nationale; la montée de flèche de la xénophobie, de l’islamophobie et de la violence haineuse; ainsi que la criminalisation croissante du secteur de l’aide. Le secteur s'inquiétait des répercussions négatives importantes des nouvelles lois antiterroristes sur la limitation de l'aide humanitaire et de la coopération internationale. Inter Pares a été l'une des principales organisations et l'un des principaux moteurs qui ont initié les premières réunions et contribué à la formation de la coalition.

  • En quoi la protection des libertés civiles soutient-elle la démocratie?

La liberté d’expression et le droit de manifester sont essentiels en démocratie. Nous voyons notre travail comme un appui à la démocratie et à la capacité des gens de participer à la prise de décision – pas seulement de voter, mais de dialoguer avec les élu-e-s, de manifester et s’exprimer librement. Cela inclut les discours que certain-e-s pourraient trouver désagréables ou choquants.  

  • Voyez-vous des parallèles entre le contexte de l’après-11 septembre et maintenant?

Tout à fait. Dans les deux cas, des gens manifestent pour la paix, contre la guerre, pour sauver des vies. Le discours actuel – où les personnes qui s’opposent au génocide à Gaza sont taxées d’extrémisme ou d’appui au terrorisme – ressemble beaucoup à ce qu’on a entendu après le 11 septembre. 

Une fois en place, les nouvelles lois sur la sécurité nationale (comme les lois contre le terrorisme de 2001 et 2015 et la Loi de 2017 sur la sécurité nationale), justifiées dans la foulée du 11 septembre ou de crises similaires, tendent à perdurer et à être réutilisées. On les a invoquées contre les défenseur-euse-s de territoires autochtones et maintenant, dans le cadre du mouvement de protestation pour Gaza. Le contexte change, mais les schémas sont les mêmes.

  • Qu’est-ce qui arrive à la démocratie avec l’érosion des libertés civiles?

L’érosion des libertés civiles a un effet dissuasif – les gens ne savent pas si leurs droits seront protégés ou s’ils feront l’objet d’une enquête ou seront poursuivis simplement pour avoir exprimé leur opinion. Cette peur freine la participation démocratique. On a accusé des gens de crimes graves pour avoir collé une affiche ou dessiné un graffiti. Même si les charges sont abandonnées, le mal est fait. Cela incite les gens à réfléchir à deux fois avant de s'exprimer.

  • Qu’allez-vous surveiller dans les mois à venir?

Nous surveillons les propositions de lois fédérales et de règlements municipaux ayant pour but de limiter le droit de manifester à proximité des écoles et des établissements religieux. Nous pensons que les incidents de haine, de violence et d'intimidation doivent être traités, mais que les pouvoirs et les lois pour le faire existent déjà. Ce que propose le gouvernement fédéral est excessif.

Nous nous inquiétons aussi de la loi sur la sécurité des frontières (Strong Borders Act), qui renforcerait la surveillance et limiterait les droits des demandeur-euse-s d'asile. Ces lois risquent de dissuader les gens de participer à des manifestations ou des débats politiques. 

  • Que pouvons-nous faire pour protéger nos libertés civiles?

Contactez vos élu-e-s – par téléphone, par courriel, lors d'événements. La CSILC propose des outils sur son site web pour vous aider dans cette démarche. Rejoignez des groupes locaux, allez manifester. Ce sont des gestes qui comptent.  

  • La CSILC existe depuis plus de 20 ans. Qu’est-ce qui vous a permis de tenir?

Honnêtement, nous aurions préféré ne plus avoir à intervenir. Mais les problèmes n'ont pas disparu. Ce qui nous a permis de tenir, c’est la force de nos membres – des organisations de tous les secteurs, déterminées à résister aux impacts des lois de sécurité nationale. C'est cet effort collectif qui rend ce travail possible.

C'est cet effort collectif qui rend ce travail possible.

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