Même si le Canada produit plus qu’assez de nourriture pour nourrir sa population, près du quart de celle-ci souffre d’insécurité alimentaire.
Avec le Réseau pour une alimentation durable, nous appuyons des solutions de politiques publiques qui ciblent les racines du problème. Entretien avec Aaron Vansintjan, gestionnaire des politiques, qui nous explique pourquoi tant de gens peinent à payer leur épicerie et présente des pistes de solutions.
Pourquoi l’insécurité alimentaire est-elle en hausse au Canada ?
La cause la plus directe de l’insécurité alimentaire est le manque de revenu : sans argent suffisant, pas moyen d’acheter de la nourriture. C’est pourquoi nous préconisons avant tout des solutions qui permettent d’augmenter les revenus.
Il existe aussi des problèmes plus profonds : l’accès à la terre, surtout pour les personnes autochtones et le manque de souveraineté alimentaire chez certains groupes marginalisés. L’insécurité alimentaire est plus marquée parmi les communautés noires, autochtones et migrantes, et ce, à cause du racisme structurel et des freins à leurs habitudes alimentaires, qui dépendent notamment de l’accès à des aliments culturellement adaptés.
Comment la concentration du pouvoir dans le secteur de l’épicerie canadien influence-t-elle les aliments qu’on achète ?
Au Canada, l’industrie agroalimentaire est fortement concentrée. La distribution en constitue un obstacle majeur. Dans bien des régions, les agriculteur-rice-s ne peuvent vendre leurs produits que par l’intermédiaire d’un ou deux grands distributeurs, qui appartiennent souvent aux mêmes détaillants.
J’ai parlé à un producteur québécois qui ne pouvait vendre ses aliments à des détaillants établis à cause des coûts de distribution. Il exporte désormais ses légumes biologiques au Kentucky, où les prix sont meilleurs.
Ce phénomène de concentration, qui touche toute la chaîne d’approvisionnement, complique la vente à des prix abordables et l’accès à des produits cultivés au Canada.
À une époque où il est de plus en plus difficile de joindre les deux bouts, votre don aujourd’hui soutient des solutions portées par les communautés locales afin de renforcer les économies et de bâtir des communautés résilientes.
Le Réseau pour une alimentation durable étudie la possibilité de créer des épiceries publiques. À quoi pourraient-elles ressembler ?
En matière de logement, d’éducation et de santé, notre société reconnaît la nécessité d’avoir des solutions qui ne reposent pas uniquement sur le marché, puisque celui-ci ne garantit pas à tout le monde un accès à ces besoins essentiels.
Pourtant, nous ne semblons pas appliquer ce même principe au système alimentaire, même si l’alimentation est un droit humain.
L’épicerie publique, ce serait un supermarché en partie détenu par l’État.
Par exemple, la ville de New York prévoit d’ouvrir une épicerie municipale dont elle assumera les coûts liés au bâtiment. Cela permettrait de vendre certains produits jusqu’à 30 % moins cher. Nous étudions différents modèles qui pourraient fonctionner au Canada, mais une chose devient très claire : pour que ce type de modèle fonctionne, il faut le subventionner.
Dans de nombreuses communautés éloignées du Nord, le gouvernement fédéral subventionne déjà des entreprises privées, mais celles-ci n’en font pas profiter les consommateurs. Dans ces situations, autant avoir une épicerie publique, sans but lucratif ou appartenant à la communauté, qui puisse garantir le droit à l’alimentation plutôt que de faire du profit sa priorité.
Qu’est-ce qui vous donne espoir en l’avenir ?
Les gens reconnaissent qu’une crise existe et que le gouvernement doit investir massivement pour y remédier.
Il faut maintenant aller plus loin en renforçant les solutions axées sur le revenu et les modèles sans but lucratif qui garantissent à tout le monde le droit à l’alimentation. C’est la prochaine étape si nous voulons nous protéger contre une concentration encore plus grande du pouvoir des entreprises.
Soutenez des solutions portées localement pour renforcer les économies et bâtir des communautés résilientes.
Telle que présentée dans
Investir dans le droit à l’alimentation
Partout dans le monde, joindre les deux bouts devient de plus en plus difficile. Découvrirez comment certaines parviennent à renforcer leur économie locale et à gagner en résilience grâce à l’action collective.




