1 septembre 2026

Une approche féministe de l’agroécologie avec Mariamé Ouattara 

Mariamé Ouattara stands among vibrant flowers in a rural garden landscape beneath blue skies, celebrating agriculture, biodiversity and community.

Mariamé Ouattara

Photo: Eric Chaurette/Inter Pares

Mariamé Ouattara a passé la majeure partie de sa vie à œuvrer en Afrique de l’Ouest pour faire avancer l’égalité de genre et les droits des agricultrices.

Basée au Burkina Faso, elle collabore depuis plus de 20 ans avec Inter Pares et nos homologues afin de renforcer le leadership des femmes dans les domaines de l’agroécologie et de la souveraineté alimentaire.

Nous avons demandé à Mariamé ce qui rend notre approche de l’agroécologie — une agriculture qui travaille avec la nature pour produire de la nourriture de manière durable — féministe.

À une époque où les changements climatiques, la diminution de l’aide internationale et les inégalités croissantes exercent une pression énorme sur les communautés—votre soutien aujourd’hui aide nos homologues à renforcer la souveraineté alimentaire, à faire progresser le leadership des femmes et à bâtir des solutions durables portées par les communautés.

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Qu’est ce qu’une perspective féministe de l’agroécologie ?

Les pays dans lesquels nous travaillons sont profondément agricoles et vulnérables aux changements climatiques. Dans ces deux réalités, les femmes sont au centre. Malheureusement, elles le sont souvent en tant que main-d’œuvre.

Pourtant, dans toute la chaîne agroécologique, les femmes ont une technicité méconnue, non valorisée et même négligée. Pour les semences, tout le monde reconnaît que les femmes sont les meilleures conservatrices, les meilleures sélectionneuses et les meilleures utilisatrices. Elles savent aussi comment conserver les récoltes, les transformer et assurer la sécurité alimentaire.

Voilà pourquoi je dis qu’elles ne sont pas de simples participantes. Elles sont détentrices de savoirs, de savoir-faire et de savoir-devenir.

Tout l’enjeu est de valoriser cette expertise. Les communautés reconnaissaient déjà la place et le rôle des femmes, mais sans leur reconnaître le pouvoir de décider.

Il y a beaucoup d’inégalités entre les hommes et les femmes en matière d’accès à la terre, aux technologies, au financement et aux rôles que chacun doit jouer. Tant qu’on ne réduit pas ces inégalités, on ne va pas avancer.

Elles ne sont pas de simples participantes. Elles sont détentrices de savoirs, de savoir-faire et de savoir-devenir.

Adopter une approche féministe de l’agroécologie, c’est créer les conditions dans la communauté pour que les femmes puissent agir comme des actrices libres, au même titre que les hommes, à toutes les étapes de l’agroécologie et de l’action climatique.

Cela veut dire qu’il faut tenir compte du contexte et des réalités des femmes comme des hommes. Tant qu’on n’aborde pas ces rapports de pouvoir dans l’agroécologie, la transition agroécologique va échouer.

Tu travailles avec nos homologues depuis plus de 20 ans. Au fil des années, quels changements t’ont le plus marquée ? 

Le premier changement que je note, c’est cette grande confiance en soi qui a été renforcée chez les femmes. Beaucoup se demandaient : « Est-ce que je suis une citoyenne à part entière? Est-ce que je suis capable? »

Avec les formations sur le leadership, l’égalité de genre, l’approche féministe et le plaidoyer, beaucoup se sont libérées de ce complexe d’infériorité et ont pris sur elles d’agir.

Aujourd’hui, elles ont compris qu’elles avaient des droits. Elles ont eu le courage d’aller demander des terres à des propriétaires ou à des autorités coutumières pour produire elles-mêmes ce qu’elles veulent produire. Elles participent à des instances de décision dans leur communauté.  

Elles ont compris qu'elles avaient des droits.

Certaines ont pu obtenir une pièce d’identité. Pour accéder à un crédit, obtenir une terre ou participer à certaines instances, il faut exister juridiquement. Aujourd’hui, elles sont fières d’exister comme citoyennes à part entière.

Mais il y a aussi des changements qu’on ne mesure pas facilement. Une femme m’a dit : « Je communique mieux avec mon mari. » Maintenant elle discute de son travail dans la coopérative et de ses projets avec son mari. Elle se sent valorisée dans son couple, ce qui lui permet de s’impliquer plus dans la communauté.

Ce ne sont pas des mesures quantitatives. C’est qualitatif. Mais c’est là que commence la transformation sociale durable.

Pourquoi est-il essentiel d’impliquer aussi les hommes ? 

L’approche féministe n’est pas un combat contre les hommes. Dans nos contextes, le patriarcat donne beaucoup de privilèges aux hommes, mais eux aussi ont été socialisés dans ce système. Si on veut déconstruire ces rapports inégaux, il faut les impliquer.

Nous avons développé une approche des champions féministes : des hommes qui utilisent leur influence pour soutenir les femmes et sensibiliser les autres hommes. Ils accompagnent les femmes lorsqu’elles veulent obtenir des terres ou dialoguer avec les autorités. Cela change complètement le regard porté sur leurs démarches.  

Le but est de créer plus d'harmonie dans les rapports entre les femmes et les hommes pour qu'ils et elles puissent produire ensemble, gérer ensemble, communiquer et se compléter.

Nous avons aussi travaillé sur la répartition des tâches domestiques. Certains hommes commencent alors à aller chercher l’eau, le bois ou à encourager leurs fils à aider leur mère et leurs sœurs. C’est un pas important pour nous. On éduque les hommes de demain.

Petit à petit, cela libère du temps pour les femmes. Elles peuvent participer davantage aux coopératives, aux formations, aux espaces de décision et aux activités économiques. Plus les hommes comprennent les enjeux, mieux ça vaut pour tout le monde. Toute la communauté en bénéficie.

Le but est de créer plus d’harmonie dans les rapports entre les femmes et les hommes pour qu’ils et elles puissent produire ensemble, gérer ensemble, communiquer et se compléter.

Qu’est-ce qui fait que cette approche fonctionne, selon toi ?

C’est une approche qui responsabilise les homologues, qui respecte les normes socioculturelles et les repères sociologiques.

Dès le départ, les projets ont été bâtis avec l’apport des réalités des différents pays. On nous a demandé de définir le contexte, les rapports entre les femmes et les hommes, les leviers à actionner et les obstacles à surmonter. Les actions ont été construites à partir de ces réalités.

Quand on parle d’égalité de genre ou de féminisme, on touche aux fondements socioculturels. L’important n’est pas de les ignorer, mais de comprendre comment travailler à partir de ces repères pour provoquer le changement. Les homologues prennent des initiatives selon leur contexte et responsabilisent les communautés en leur demandant : « Comment voyez-vous votre changement? »

On ne doit pas copier-coller un modèle d’un pays à un autre. Il faut partir des réalités du terrain.

Beaucoup de personnes pensaient que l’approche féministe venait de l’extérieur. Nos homologues ont réussi à la traduire dans les langues nationales, à l’ancrer dans les réalités locales, et les communautés ont compris que cela parlait de leur propre vie. C’est ce qui explique l’appropriation que j’ai observée.

C’est ce qui me donne le plus d’espoir pour l’avenir.  

Renforcer la souveraineté alimentaire, à faire progresser le leadership des femmes et à bâtir des solutions durables portées par les communautés.

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Telle que présentée dans

L’agroécologie, c’est plus que cultiver des aliments

Dans ce bulletin, on voit en quoi l’acrogécologie est plus qu’un ensemble de pratiques agricoles.

Inter Pares reconnaît l’appui financier d’Affaires mondiales Canada pour ce project.