Déclaration sur les dernières violences contre la population rohingya en Birmanie

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Displaced Rohingya people in an unofficial displacement camp in Arakan ( Rakine) state, 2016 Credit: Inter Pares

Inter Pares est horrifiée et alarmée de la dernière vague de violence de l’armée contre des civils rohingyas dans le nord-ouest de la Birmanie. Depuis 25 ans, nous travaillons avec des homologues sur le terrain en Birmanie et nous appuyons plusieurs groupes rohingyas – ou qui soutiennent les Rohingyas – en Birmanie, au Bangladesh et au Canada. Tous poursuivent leur travail en dépit des risques encourus.

La Tatmadaw (l’armée) a déclenché ces violences en représailles à de supposées attaques contre plusieurs installations policières et militaires perpétrées le 25 août par l’Armée du salut rohingya de l’Arakan, présentée comme un groupe armé rohingya. La Tatmadaw a utilisé cette excuse pour attaquer et incendier systématiquement des villages rohingyas, en plus de violer et d’assassiner des civils. Des centaines de milliers de personnes ont été déplacées et l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés estime que depuis le 25 août, plus de 120 000 Rohingyas ont fui au Bangladesh, où pour la première fois, les gardes frontaliers bangladeshis ne les renvoient pas à la pointe du fusil. D’après nos sources et des commentaires sur les médias sociaux, des Rohingyas croient que c’est le début d’une solution finale appuyée par le gouvernement pour les éliminer ou tous les forcer à quitter la Birmanie, leur patrie.

La crise actuelle fait suite à plusieurs vagues de violence contre les Rohingyas menées par l’armée et des émeutiers bouddhistes arakanais depuis 2012, mais les choses peuvent encore empirer. En 25 ans, nous avons vu la Tatmadaw déclencher contre des populations ethniques de toute la Birmanie des violences similaires, qui s’assimilent à des crimes contre l’humanité. Ces crimes sont encore commis contre des civils de plusieurs ethnies et plusieurs religions dans des zones contestées des États du Kachin et de Shan.

Selon la constitution birmane, l’armée échappe au contrôle du gouvernement civil, mais nous croyons que le gouvernement élu dirigé par Aung San Suu Kyi et sa Ligue nationale pour la démocratie a l’appui populaire et le poids politique requis pour réfréner l’armée s’il le veut. Malala Yousafzai, lauréate comme Aung San Suu Kyi d’un prix Nobel de la paix et citoyenne honoraire du Canada, l’a appelée le 3 septembre à condamner la violence. Le rapporteur spécial de l’ONU au Myanmar l’a exhortée à « agir ».

Mais le gouvernement a déjà exprimé clairement sa position. Avant même les dernières violences, Aung San Suu Kyi a qualifié les rapports de femmes rohingyas sur des agressions sexuelles par l’armée de « faux viols », accusant les Rohingyas de brûler eux-mêmes leurs maisons pour avoir droit à de l’aide internationale. Son gouvernement a systématiquement empêché l’aide humanitaire d’atteindre non seulement les Rohingyas, mais aussi les civils déplacés dans les États du Kachin et de Shan. Ce geste est déjà un crime en vertu du droit international. Peu après le début des dernières violences, son site web officiel a accusé les organismes humanitaires internationaux et le Programme alimentaire mondial de ravitailler « des terroristes », voire de participer à leurs opérations militaires. Les organismes d’aide ont dû évacuer leur personnel, conscients que cela était le feu vert du gouvernement à des attaques par les milices d’émeutiers et l’armée. Aung San Suu Kyi et son gouvernement ont sans cesse nié tous les rapports de violences par l’armée et ils empêchent actuellement une mission exploratoire de l’ONU d’accéder à la région. Tout cela équivaut à une complicité directe de crimes contre l’humanité.

De l’Indonésie à la Tchétchénie, des manifestations ont condamné le gouvernement birman et les gestes de l’armée. Le 4 septembre, les Maldives ont été le premier pays à rompre tout lien économique avec la Birmanie à la suite des dernières attaques.

Nous exhortons le gouvernement canadien à :

  • Utiliser toutes les voies diplomatiques, notamment son ambassade à Yangon, pour presser Daw Aung San Suu Kyi et le gouvernement birman à modifier leur position et à dénoncer les crimes contre l’humanité perpétrés par la Tatmadaw;
  • Exiger que le gouvernement birman donne l’accès requis à la mission exploratoire mandatée depuis mars 2017 par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU;
  • Appeler le bureau d’Aung San Suu Kyi à cesser ses discours incendiaires qui mettent en danger des travailleurs humanitaires et minent les droits des Rohingyas, et autoriser le travail d’aide humanitaire dans l’État d’Arakan.
  • Appeler le gouvernement Birman à traduire devant la justice les responsables d'atrocités et du non respect des droits de la personne;
  • Considérer la possibilité de retirer à Aung San Suu Kyi son statut de citoyenne honoraire du Canada en raison de sa complicité de crimes contre l’humanité.

Inter Pares continue de surveiller la situation de près et incite l’ensemble de son bassin donateur et de ses partisanes et partisans à utiliser toutes les voies dont ils disposent afin de plaider pour l’intervention du gouvernement canadien ou pour tout autre geste susceptible de remédier à la situation.

À propos des programmes d’Inter Pares en Birmanie

Inter Pares travaille en Birmanie depuis vingt-cinq ans et y gère le plus vaste programme financé par Affaires mondiales Canada. Par le soutien financier, le renforcement des capacités, les échanges d’apprentissage et le plaidoyer, Inter Pares contribue à renforcer la société civile du pays et aide des centaines de milliers de personnes déplacées et touchées par la militarisation et les violations des droits de la personne. Son programme vise à :

  • faire progresser la démocratie – documenter les violations des droits, soutenir le leadership des femmes, élaborer des politiques de développement issues de la collectivité et accroître l’accès à l’information;  
  • renforcer les systèmes de santé – offrir un programme complet de soins de base, réduire la mortalité infantile et juvénile, et miser sur les systèmes communautaires en place pour créer un système de santé national;
  • bâtir la résilience – soutenir la prise en charge collective des processus de développement qui touchent les populations marginalisées et accroître la capacité des réfugiés de bâtir des collectivités durables quand leur retour est approprié.

À propos d’Inter Pares

Inter Pares – qui signifie entre égaux – croit en la solidarité plutôt que la charité en matière de coopération internationale. Depuis 40 ans, nous travaillons en étroite collaboration avec de courageux activistes et plus d’une centaine d’organisations inspirantes partout dans le monde afin de bâtir la paix, promouvoir la justice et mondialiser l’égalité. En appuyant le travail de nos homologues, nous aidons des collectivités à combattre l’injustice, appliquer des solutions adaptées au milieu, lancer des projets novateurs et occuper l’espace politique qui leur revient.

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