Une conversation avec John Harnett, donateur d' Inter Pares

Voix : Récit personnel

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 John Harnett

En juillet 2020, Jack Hui Litster, gestionnaire à l’engagement communautaire d’Inter Pares d’avril 2013 à août 2020, a parlé à John Harnett – partisan de longue date d’Inter Pares – de son activisme, de ses réflexions sur le privilège et de son engagement envers Inter Pares. Nous vous présentons une version abrégée de leur conversation.

Jack : Comment es-tu devenu militant? Pourquoi est-ce important pour toi de participer à des mouvements et des groupes qui œuvrent à des causes comme la justice sociale et l’environnement?

John : J’étais très rebelle dans ma jeunesse. J’étudiais la théologie à l’Université de London afin de devenir prêtre. Puis un jour, une agente de probation est venue donner une conférence dans le cadre d’un cours sur le système de justice pénale. Après l’avoir entendue, en l’espace de soixante minutes, j’ai décidé que je voulais être agent de probation. J’ai voulu très tôt faire quelque chose pour les autres.

À mon arrivée au Canada, j’ai travaillé comme conseiller familial. Avec le recul, je réalise que je faisais ça pour me sentir bien. Essayer d’aider les autres me donnait une meilleure opinion de moi-même. Quelques décennies plus tard, j’ai découvert la théorie des systèmes familiaux qui m’a aidé à mieux saisir le fonctionnement de l’être humain et la façon de l’améliorer.

L’une des bases de cette théorie est d’apprendre à se connaître soi-même et à déceler l’influence de son système familial. Ça m’a permis d’aller plus loin que d’aider les autres juste pour me sentir mieux. La formation nous a fait travailler à la connaissance de soi. Tout le monde a des lacunes, mais tout le monde peut s’améliorer. C’est devenu l’essence de mon travail en psychothérapie des systèmes familiaux : plutôt que de résoudre des problèmes il est préférable d’aider les personnes à améliorer leur façon de fonctionner.

Je me suis intéressé aux moyens d’aider – aider à traverser une crise ou idéalement, à voir les choses dans une perspective plus large. J’ai travaillé en hôpital avec des familles dont un proche devait aller en résidence de soins de longue durée. J’essayais de gérer les conflits dans la famille et l’aider à accepter le fait que cette personne-là s’en aller vers la dernière étape de son existence. Dans ma vie, je vois une progression dans mon désir d’être utile aux autres. Avec les années, c’est devenu de plus en plus fort. J’ai cessé le travail à temps plein il y a 12 ans, mais je continue à voir des clients de ma petite pratique privée.

À l’automne 2019, je me suis blessé au torse dans un accident et j’ai passé plusieurs mois en convalescence. Cela m’a donné amplement le temps de réfléchir. Et j’ai réalisé entre autres choses, à quel point j’étais chanceux dans mon malheur. Je ne bougeais pas vite, mais je pouvais prendre soin de moi. J’ai réalisé qu’autour de moi, plein de gens dans les 60-70 ans avaient des problèmes de mobilité en permanence. J’ai réalisé que je devais les appuyer. J’ai donné mon nom à une organisation de Bancroft, Care North Hastings, qui offre une gamme de services aux personnes âgées. J’ai commencé à faire du bénévolat jusqu’à ce que la pandémie de la COVID-19 nous force à tout mettre sur pause. Après 12 ans d’action bénévole ici et là, j’ai décidé qu’il était temps de faire quelque chose pour ma collectivité. J’ai aussi fait six missions de construction avec Habitat pour l’humanité. C’est ça mon parcours.

Jack : Merci de nous partager tout ça, John. Dans un sens, ton engagement communautaire et ton militantisme sont le prolongement de ta carrière – diverses façons d’aider les gens. Certaines expériences de bénévolat ont-elles été spécialement marquantes pour toi?

John : Eh bien, je pense à la course Terry Fox que je faisais chaque année à Windsor – il y avait parfois jusqu’à 2000 coureurs. C’était excitant de faire partie du peloton, de travailler à un but important. J’ai beaucoup de respect pour Terry Fox, pour l’homme et pour ce qu’il voulait faire.

Les missions d’Habitat pour l’humanité ont été très intéressantes, aussi. J’en ai fait une en Éthiopie, deux en Amérique centrale et trois au Canada. Chacune était différente. Je me souviens d’une fois, en Amérique centrale. Le dernier jour du projet, nous nous sommes rassemblés avec la famille dont nous avions bâti la maison. Il y a eu une cérémonie. Le père de famille a commencé à parler, puis il s’est mis à pleurer tellement qu’il ne pouvait plus dire un mot. La mère a pris le relais. C’était très émouvant – des gens venus d’ailleurs, habitués au luxe et au privilège, étaient venus soutenir une famille et lui bâtir une maison neuve. Et je me suis demandé dans quelle mesure cet acte de bonté pouvait imprégner toute une collectivité, créer des liens internationaux de bienveillance. Je n’oublierai jamais ce moment-là.

À ma toute première mission avec Habitat pour l’humanité, au Guatemala, nous parlions de notre expérience chaque soir après le souper. Je me souviens avoir dit que je venais d’une famille blanche raciste et privilégiée du Cap, en Afrique du Sud. Et que le fait d’avoir grandi dans ce milieu m’avait habitué à me faire servir, jamais à servir les autres. Ça m’a profondément marqué de servir cette famille au Guatemala, dont la maison a été détruite dans un glissement de terrain qui a tué la mère et la fille aînée. Je me souviens avoir dit au groupe à quel point c’était transformateur pour moi de me sentir comme une personne ordinaire qui rend service à d’autres personnes ordinaires sur la planète. Pour moi, c’est un privilège de rendre service, surtout quand on a été habitué à penser d’abord à soi-même.

Jack : Dans le travail qu’on fait, tu as raison de dire que c’est transformateur de créer ces connexions affectives, personnelles. Sur ce thème du service, John, on se connaît tous les deux depuis six ou sept ans. Je me rappelle que les premières fois où on s’est parlé au téléphone, tu disais souvent : « Je suis toujours heureux de rendre service, quel que soit le besoin… Mettez-moi à l’ouvrage! » Et puis en 2017, tu nous as offert tes services comme chauffeur lors d’une tournée de conférences en Ontario avec deux activistes du Centre Likhaan pour la santé des femmes. Tu nous as amenés partout où il fallait aller en veillant à nous ménager des temps de repos. C’est sûr qu’il y a eu des moments de stress, mais tu étais là pour arrondir les angles et faciliter les choses. Quel souvenir en gardes-tu?

John : Ça a été une expérience profonde – rien à voir avec le fait d’envoyer un chèque à un organisme caritatif et de recevoir ensuite un bout de papier. Contribuer un tant soit peu au travail, être utile et apprendre en même temps, tout ça a été très significatif pour moi. J’étais tout à fait ravi d’offrir ce service, de m’occuper du transport et de faciliter la logistique pour alléger le travail du personnel. Ça m’a aussi permis d’en apprendre un peu plus sur Inter Pares et sur Likhaan, une des organisations qu’elle soutient. J’en garde le souvenir d’une expérience merveilleuse!

Jack : Bon, nous sommes en juillet. Ça fait maintenant quatre mois que notre vie est chamboulée par les changements imputables à la pandémie de COVID-19. À titre de militant pour la justice sociale et climatique, as-tu été forcé d’adapter ton mode d’engagement pendant cette période? Peux-tu encore être actif même si c’est de façon différente?

John : Tu vois, c’est intéressant parce que dans un sens, la COVID-19 n’a pas été un si gros changement. Je vis tout seul dans le bois et en temps normal, je peux passer 4-5 jours sans voir personne ni parler à qui que ce soit. Mon accident en novembre dernier a été plus significatif pour moi que la COVID-19. Ça m’a donné plus de temps pour réfléchir – j’ai dû cesser de m’afférer à faire plein de choses. Après l’accident, j’avais tellement mal au dos que je devais m’allonger pendant des heures et ces séances de réflexion m’ont beaucoup appris. Entre autres, ça m’a fait prendre conscience du besoin de me rendre utile dans ma collectivité. La COVID-19 m’a amené à tisser beaucoup plus de liens avec les gens. Je sens de plus en plus le besoin de savoir ce qui arrive aux gens autour de moi et de leur témoigner concrètement mon affection. J’espère que je vais garder une partie de ça et continuer de soutenir mes amis, surtout quand ça va mal.

Jack : Un moyen que tu utilises pour soutenir tes amis et la collectivité mondiale dont nous faisons partie, c’est de soutenir généreusement Inter Pares. Nos organisations homologues partout dans le monde doivent affronter une série de problèmes, dont la hausse de la violence envers les femmes et la difficulté à se nourrir et à obtenir des soins de santé. Plusieurs sont enracinées de façon incroyable dans leur collectivité, et donc particulièrement aptes à assumer un rôle de leadership en ces temps difficiles. Je sais que tu voulais donner des exemples concrets de la façon dont tu appuies le travail d’Inter Pares en ce moment.

John : J’ai reçu une demande de don d’Inter Pares en vue de soutenir plusieurs organisations qui font du travail en lien direct avec la COVID-19. Pour moi, c’était évident que j’allais réagir et envoyer plus d’argent à Inter Pares pour s’occuper de ces besoins immédiats. C’est très important pour moi – qu’on me demande de faire ma part et de contribuer. Il est arrivé autre chose il y a environ une semaine : j’ai appris que le gouvernement fédéral offrait 300 $ à toutes les personnes qui reçoivent la pension de Sécurité de la vieillesse et 200 $ de plus à celles qui ont un faible revenu et qui en arrachent. J’ai réalisé que je menais une vie de privilégié et que je pouvais donc utiliser cet argent pour appuyer, grâce à Inter Pares, des organisations qui ont du mal à répondre à l’augmentation des demandes de services en raison de la COVID-19. C’est une goutte d’eau dans la mer, mais chaque sou peut être utile. C’est par des petits gestes comme ceux-là que j’essaie de m’acquitter de mon devoir envers la planète.

Dans ma vie, je vois une progression dans mon désir d’être utile aux autres.

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