Agriculture écologique : des militants indiens et ouest-africains partagent leurs savoirs

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Des producteurs indiens racontent leur expérience avec le coton génétiquement modifié aux participants canadiens et africains
Échange entre l'Inde et l'Afrique de l'Ouest : Des producteurs indiens racontent leur expérience avec le coton génétiquement modifié aux participants canadiens et africainsCrédit: Eric Chaurette

En janvier 2012, David Bruer et Eric Chaurette, membres de l’équipe d’Inter Pares, se sont rendus en Inde, dans l’État de l’Andhra Pradesh, pour participer à un échange qu’ils avaient organisé; celui-ci devait permettre la rencontre de militantes et militants d’Asie et d’Afrique de l’Ouest afin qu’ils mettent en commun les savoirs et stratégies déployés pour promouvoir l’agriculture biologique et la souveraineté alimentaire. Voici le court récit préparé par David Bruer.

À première vue, l’Afrique de l’Ouest a peu en commun avec le sud de l’Inde. Je travaille avec des homologues d’Asie et mon collègue, Eric, avec des groupes en Afrique; pourtant, nous nous retrouvons systématiquement à discuter des mêmes problématiques : préoccupations à l’égard de l’introduction de semences génétiquement modifiées, importance des variétés de plantes locales et lutte pour le maintien d’une agriculture biodiversifiée contrôlée par les agriculteurs.

Du coup, lorsque nous avons proposé à la Deccan Development Society (DDS), en Inde, et à la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (COPAGEN), en Afrique de l’Ouest, un échange qui les réunirait autour de ces questions, les deux organisations ont accepté sur-le-champ. Ainsi était né l’échange DDS-COPAGEN.

Quelques mois plus tard, en janvier 2012, Eric et moi avons retrouvé quatre membres de la COPAGEN au centre de recherche agricole de DDS dans l’état de l’Andhra Pradesh. Les membres de la COPAGEN étaient emballés par les réalisations de DDS et par la possibilité de raconter ce qu’ils faisaient dans leur pays, en particulier René Segbenou, un sociologue rural du Bénin, en Afrique de l’Ouest, dont la soif d’apprendre et de partager est l’illustration parfaite du but de tels échanges.

Le jour suivant, nous sommes allés au Festival annuel de la biodiversité de DDS, une réunion festive et colorée de fermières conduisant d’une ville à l’autre une caravane de chariots à bœufs richement décorés. Ces femmes sont fières de ce qu’elles savent et de ce qu’elles font; elles n’hésitent pas à partager leurs connaissances et leurs semences avec les autres. Par la musique, les chansons, la danse et les films, elles attirent les habitants pour leur transmettre un message soulignant l’importance de la biodiversité et d’une production agricole basée sur le millet.

Plus tard, dans le cadre de l’échange, nous avons organisé un colloque international de plus grande envergure sur l’impact des cultures génétiquement modifiées sur les petits agriculteurs asiatiques et africains. Au cours de cette réunion de deux jours, nous avons entendu les témoignages d’agriculteurs et autres experts indiens qui ont expliqué que le coton génétiquement modifié avait entraîné une hausse des coûts mais pas du rendement, ce qui avait provoqué une épidémie de suicides parmi les producteurs. Cette tragédie n’a fait que renforcer l’engagement déjà ferme des participants dans le mouvement contre la mainmise des grandes entreprises sur l’agriculture et leur conviction qu’il revient aux fermiers d’avoir le contrôle de leurs terres, de leurs semences et de leurs méthodes de production, bref de leur souveraineté alimentaire.

Durant leur séjour en Inde, les membres de la COPAGEN ont pris le temps de documenter l’expérience de DDS en matière de recherches menées par les cultivateurs concernant l’impact de la culture du coton génétiquement modifié. Pour René Segbenou, la leçon la plus importante consiste à déterminer la manière de faire participer les paysans aux recherches en tant que co-chercheurs. Pour lui, « lorsque les agriculteurs prennent part à la cueillette et à l’analyse des données, ils contribuent également à la création de solutions ».

Quelques jours plus tard, sous un soleil de plomb, dans un champ desséché, nous avons été émerveillés par la large gamme de cultures que Chendramma Bidakanne, une agricultrice locale, cultive sur sa terre. Il y a là plusieurs variétés de millet mélangées à d’autres cultures de sorte que si l’une d’elles s’affaiblissait, l’autre pourrait s’épanouir et que si le prix de l’une venait à chuter, l’autre pourrait être vendue à meilleur prix. Comme l'affirme René Segbenou :

« Au début, vous croyez qu’il s’agit d’un miracle mais dès que vous écoutez cette experte, vous comprenez. Même sur une terre desséchée et craquelée, on peut obtenir des récoltes extraordinaires. Les pluies rares et la rosée suffisent à ces cultures adaptées à ce climat. Nous n’avons pas besoin de cultures génétiquement modifiées pour résister à la sécheresse et nous nourrir. Lorsque vous prenez connaissance de ces expériences dans des revues scientifiques, vous pensez que c’est de la folie mais dès que vous les voyez de vos yeux, vous comprenez et vous êtes convaincu. La seule chose qui puisse nous empêcher de réussir c’est manquer de courage pour agir ».

Debout dans le champ, René Segbenou commentait : « C’est ainsi que les fermiers de mon pays cultivaient la terre. Certains continuent mais beaucoup ont abandonné parce qu’on dit que le millet c’est pour les pauvres et qu’il faut planter des semences sophistiquées et adopter les techniques d’agriculture modernes ». Chendramma Bidakanne souriait : « Alors, il ne vous reste plus qu’à les aider à réapprendre ce qu’ils savaient faire par le passé ».

Au cours d’un délicieux repas au Café Ethnic, un restaurant bio tenu par la DDS pour promouvoir la cuisine au millet, Sandeep de DDS explique que le « millet est un concept ». Le millet peut être cultivé de manière industrielle; c’est ce que propose de faire le gouvernement indien mais ce n’est pas ce que la DDS a en tête.

Pour DDS, promouvoir le millet, c’est promouvoir les petits exploitants, la diversification des cultures, l’utilisation de semences appartenant aux agriculteurs qui sont adaptées aux conditions locales, l’adoption d’une approche écologique et le refus du contrôle de l’agriculture par les entreprises commerciales. Sandeep est le coordonnateur du Réseau du millet en Inde (MINI) qui se sert d’activités éducatives et de sensibilisation pour diffuser ce message aux quatre coins du pays. Ce message a été très bien reçu par la COPAGEN. Lorsqu’il a été question de la manière d’exporter ce mouvement vers l’Afrique de l’Ouest, les deux parties ont proposé de créer le « Réseau afro-asiatique du millet ».

Pour l’Inde, l’Afrique de l’Ouest et le reste du monde, des fermières comme Chendramma Bidakanne proposent une alternative à l’agriculture de type commercial. Elles recréent une agriculture biodiversifiée qui nourrit à la fois les êtres et la terre, qui est adaptée au changement climatique et qui laisse l’agriculture aux mains des fermiers. Inter Pares continuera de collaborer avec la DDS et la COPAGEN pour consolider ces pratiques agricoles alternatives.
 

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Inter Pares a réuni des homologues de différents continents pour un partage d’expériences et de connaissances menant ainsi à de nouvelles collaborations.

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