Comprendre l’acquisition des terres en Afrique de l’Ouest

Nouvelles : Analyses

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Membres de COPAGEN au bureau d'Inter Pares
De gauche à droite: Alphonse Yombuno (COPAGEN), Eric Chaurette (co-gestionnaire, Inter Pares), Francis Ngang (COPAGEN) et Jean Symes (co-gestionnaire, Inter Pares).Crédit: Patricia Charest Mugwaneza

En février 2013, Eric Chaurette, membre de l’équipe d’Inter Pares, s’est rendu en Côte d’Ivoire pour co-animer un atelier international sur les acquisitions massives de terres en Afrique de l’Ouest. Dans cette partie du monde qui souffre d’insécurité alimentaire, ces acquisitions, souvent qualifiées d’accaparements, sont source de préoccupation.

C’est le cas de la communauté de Fanaye dans le nord du Sénégal où 200 kilomètres carrés de terres ont été acquis pour la production d’agrocarburants principalement destinés aux marchés européens, sans le consentement des communautés locales qui dépendent de la terre pour la culture et l’élevage. Les troubles sociaux qui en résultèrent firent même deux morts, aboutissant à la suspension du projet par M. Wade, alors président du Sénégal. Fanaye n’est pas un cas unique. Dans toute l’Afrique de l’Ouest, d’énormes étendues de terres sont arrachées aux paysans pour répondre à la demande croissante des investisseurs.

Inter Pares coordonne un projet de recherche qui réunit la COPAGEN, un mouvement paysan d’Afrique de l’Ouest et des chercheurs de l’Université de Montréal. Au cours des trois prochaines années, paysans et chercheurs collaboreront pour documenter l’ampleur de l’accaparement des terres dans neuf pays d’Afrique de l’Ouest et leur impact sur la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance des communautés.

Ensemble, ils contribueront aussi à la mise en place d’un réseau de vigilance qui suivra les transactions foncières et diffusera l’information aux collectivités, leurs permettant ainsi de mieux défendre leurs terres. La majeure partie de la recherche est effectuée sur place par des organismes actifs auprès des groupes les plus durement touchés par l’accaparement des terres : les paysans. Ainsi, le processus prend autant d’importance que les résultats de la recherche.

À mesure que les données sont recueillies, la sensibilisation s’accroît, aidant les communautés à consolider leur emprise sur leurs terres. Mamadou Goïta, Assétou Samaké et René Segbenou ont eu l’occasion de présenter les conclusions préliminaires de la recherche au cours d’une conférence publique à Abidjan. Celles-ci permettent déjà d’esquisser un tableau plus précis de la situation. Plus de 30 000 kilomètres carrés ont été acquis dans les neuf pays couverts par l’étude.

Alors que l’accaparement des terres concerne principalement l’acquisition de terres pour y pratiquer des cultures d’exportation, COPAGEN a élargi le champ de son enquête pour y inclure les terres acquises pour entreprendre des projets de développement minier et touristique.

Dans l’allocution qu’elle a prononcée à l’ouverture de la conférence, l’ambassadrice du Canada en Côte d’Ivoire a reconnu que « l’acquisition des terres n’est pas une question ésotérique qui n’intéresse qu’une poignée de chercheurs, mais bien une problématique actuelle qui mérite d’être examinée ». Bien que des études se soient penchées sur les risques que ces acquisitions massives représentent pour l’agriculture et l’alimentation, peu d’entre elles en ont considéré leurs effets réels. Cette enquête permettra de combler cette lacune dans les mois à venir grâce à des études d’impact en Guinée, Guinée-Bissau et Côte d’Ivoire.

[Des conclusions préliminaires de l’étude] permettent déjà d’esquisser un tableau plus précis de la situation. Plus de 30 000 kilomètres carrés ont été acquis dans les neuf pays couverts par l’étude.

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