Kevin Malseed : mettre en lumière le récit des personnes déplacées en Birmanie

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Kevin Malseed Heppner
 

Lorsque Kevin Malseed de Milford, en Ontario, s'en est allé voir du pays en 1989, il ne pensait pas partir pour longtemps. Presque vingt ans plus tard, il vivait toujours en Thaïlande où il dirigeait le Karen Human Rights Group (KHRG), une organisation qui rassemble des informations sur les atrocités commises par l'armée birmane contre la population de l'État Karen.

À son arrivée en Thaïlande en 1990, Kevin a rencontré des bénévoles des camps de réfugiés de la frontière avec la Birmanie. Après en avoir visité quelques-uns, il s'est porté volontaire. On lui a alors confié la tâche d'enseignant dans un village de l'État Karen, en Birmanie. Il s'y est tellement plu qu'il s'est engagé à y passer un an avant de reprendre son voyage.

Puis, tout bascule. En 1991, l'armée birmane bombarde le village de Kevin. Avec ses élèves et les survivants, il se réfugie en Thaïlande. Si, jusque-là, la vie de réfugié n'était pour lui qu'une abstraction, il est plongé au coeur de cette expérience et en devient un témoin de première main.

Kevin se rend ensuite à Manerplaw, le centre des activités karen dans l'État Karen. Il y rencontre des personnes ayant connu le pire aux mains de l'armée birmane : celles qui ont été chassées de leurs villages incendiés; celles dont les proches ont été torturés ou sommairement exécutés; celles qui ont été forcées de transporter du matériel militaire dans les montagnes. Kevin essaie d'intéresser des journalistes internationaux à leur sort. « Personne ne s'intéressait à eux », explique-t-il. « Les journalistes n'en avaient que pour les éléments armés ».

Kevin décide alors de documenter lui-même leurs histoires. Armé d'une machine à écrire et de papier carbone, il fait des entrevues avec les personnes déplacées et consigne leurs récits par écrit. Il crée une liste de diffusion internationale grâce à laquelle ces histoires font le tour du monde. Pour protéger son identité du régime, il a publié des rapports sous le nom de plume Heppner. Il recrute des personnes pour l'aider et le groupe est baptisé Karen Human Rights Group.

En 1995, l'armée attaque Manerplaw. Une fois de plus, Kevin se retrouve sur les routes avec 20 000 réfugiés fuyant vers la Thaïlande. Là, à la frontière Birmano-Thailandaise, il ouvre un bureau. Kevin et ses collègues reprennent leurs activités, voyageant souvent pendant des semaines à travers la jungle pour atteindre des villages birmans éloignés où ils enregistrent et filment les témoignages des personnes déplacées.

Au fil des ans, les témoignages rassemblés par KHRG ont été une source d'information précieuse pour les groupes internationaux de défense des droits de la personne, les États et les institutions des Nations Unies. KHRG a fourni des preuves essentielles à l'enquête de l'Organisation internationale du travail (OIT) sur le travail forcé en Birmanie qui a fait l'objet d'un rapport accablant sans précédent. Ce rapport a eu des répercussions énormes sur la junte militaire, la contraignant à adopter une législation interdisant le travail forcé.

La stratégie d'information et de diffusion de KHRG a fait école parmi les groupes birmans de défense des droits de la personne dans d'autres régions du pays. En dépit des efforts de la junte pour les arrêter, des informations crédibles en provenance de Birmanie montrent l'ampleur des atrocités. La reconnaissance par la communauté internationale de la tragédie birmane est, dans une large mesure, le fruit du courage et de la détermination de Kevin et de ses collègues.

En 2007, Kevin a laissé sa place en tant que Directeur du KHRG, mais continue son appuie à l’organisation en siégeant sur son Comité consultatif.

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