Le présent à retardement – Les germes du changement

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Manifestation à Khartoum
Manifestation à Khartoum : une mobilisation en faveur des droits des femmes et de la participation politique au Soudan.Crédit: GCRT

« Les cataclysmes ne surgissent pas à l’improviste. En fait, le malheur est une explosion prévisible, calculable. L’horreur mûrit secrètement en nous, comme le volcan au creux de la terre. L’histoire est une sorte de présent à retardement. » – Anne Michaels,La Mémoire en fuite

Cette année aura été celle des révolutions. Les médias étaient remplis d’images déferlantes et des rebondissements palpitants des soulèvements populaires qui ont abouti au renversement de régimes autoritaires brutaux. En commençant par la Tunisie et l’Égypte, la révolte populaire s’est répandue comme une traînée de poudre en Afrique et au Moyen-Orient. Ce « printemps arabe » a fait tomber des dictateurs accrochés au pouvoir depuis des décennies. Risquant le tout pour le tout, les populations ont envahi les rues par millions, refusant de céder même face à la répression la plus féroce. Dénonçant l’autoritarisme, la corruption et l’effroyable pauvreté, ces citoyennes et citoyens réclamaient liberté, démocratie et justice. Le mouvement a fait tache d’huile en Europe où la grogne des populations contre les accablantes mesures d’austérité économique et leur volonté de prendre en main les rênes de leur destinée se sont exprimées par des vagues de contestation massive.

Pour nombre d’entre nous, ce bouillonnement de l’histoire semblait tout à fait imprévisible. Pourtant, ces événements ne sont que l’embrasement d’un feu qui couvait sous la cendre. Dans la majorité des pays d’Afrique et du Moyen-Orient, les populations subissent, depuis des décennies, le joug de régimes despotiques, sont privées des libertés politiques et voient les économies nationales ne bénéficier qu’à une poignée de personnes. Tout cela, bien sûr, avec la complicité des puissances occidentales qui ont vendu la dignité et la liberté des personnes au profit de la « stabilité » politique de la région. Broyés par la pauvreté, étouffés par les régimes en place, les peuples se sont soulevés tirant parti de la longue expérience des mouvements syndicaux, de la société civile, des mouvements féministes et des intellectuels progressistes qui ont jadis bourgeonné dans ces pays.

La vague de contestation s’est étendue jusqu’au Soudan. Bravant un régime à la poigne de fer, les étudiants ont pris les rues d’assaut, enhardis par la fièvre ces soulèvements. Bien que les manifestations n’aient pas duré, l’action d’organisations et de militantes et militants courageux, dont certains comptent parmi les homologues d’Inter Pares, se poursuit. Cette action se nourrit de l’héritage d’une société civile progressiste en son temps, notamment d’un solide mouvement de femmes.

Comme le montrent ces événements, même dans les conditions les plus difficiles, le désir de justice et de liberté et la volonté de tenir les rênes de leur destinée sont des aspirations présentes chez tous les peuples du monde, et les régimes les plus autoritaires peuvent être renversés ou contraints de rendre des comptes. L’année qui s’achève a prouvé qu’en période de crise la volonté populaire peut s’affirmer pour créer le changement.

Cependant, le chemin qui reste à parcourir est semé d’embûches. Les percées réalisées en Afrique et au Moyen-Orient sont inégales et coûteuses; les réactions des gouvernements sont allées d’une démocratisation limitée à une guerre déclarée contre la population. Mais il faut avoir confiance : les peuples savent s’organiser pour concrétiser leur rêve d’un monde meilleur et les révolutions naissent du long et patient travail des communautés qui se construisent et s’organisent autour d’une cause commune.

Voilà l’essence du travail d’Inter Pares et de ses organisations partenaires. Éduquer, faciliter, mobiliser, stimuler, œuvrer dans les communautés et avec elles afin de contribuer à développer les capacités et les idées porteuses de changements. Le rêve de la transformation sociale oriente notre action et, ensemble, nous nourrissons cette vision par le travail quotidien de mobilisation sociale, d’organisation collective et de renforcement de la capacité des communautés à développer des alternatives. Ensemble, nous sensibilisons aux droits de la personne, promouvons le leadership dans les communautés marginalisées, notamment le leadership des femmes, nous renforçons la capacité des personnes à s’organiser, nous défendons le droit des personnes d’être traitées de manière digne et nous remettons en question les structures économiques et politiques qui, depuis fort longtemps, engendrent inégalités et exclusions.

Nous croyons fermement que le plus grand espoir de changement vient des gens ordinaires, de notre capacité à travailler ensemble afin de définir le monde dans lequel nous voulons vivre et de nous mobiliser afin de le faire naître. Nous n’attendons pas que le changement survienne; ensemble, nous changeons les choses chaque jour. Partout à travers le monde, des personnes et des organisations se mobilisent pour les changements qu’ils désirent. Inter Pares est fière de s’associer à tant de mouvements et d’organisations, du Canada et d’ailleurs qui participent à la création de notre « présent à retardement ».

Les peuples savent s’organiser pour concrétiser leur rêve d’un monde meilleur et les révolutions naissent du long et patient travail des communautés qui se construisent et s’organisent autour d’une cause commune.

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