Les fonds de pension canadiens alimentent les violations des droits de la personne en Birmanie

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Une canalisation du projet Shwe
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La Birmanie regorge de ressources naturelles. De vastes forêts de teck couvrent les montagnes; l’or, le jade, le rubis et le cuivre ne sont que quelques-uns des minerais précieux que recèle le sous-sol; des fleuves impétueux se fraient un lit à travers le territoire; d’énormes réserves de gaz naturel se cachent au large de la côte sud-ouest. Malgré la présence de ces richesses en Birmanie, près d’un tiers de la population du pays vit dans la pauvreté, selon les estimations officielles jugées conservatrices.

Après quelques décennies d’une gestion corrompue et désastreuse, les généraux de l’armée birmane affichent une richesse insolente tandis que l’économie est dans un état catastrophique. Le régime à taux de change multiples a créé un trou noir fiscal. Ainsi, dans les comptes publics, les recettes des secteurs gazier et pétrolier sont calculées au taux officiel de 6 kyats pour un dollar tandis que celui-ci s’échange contre 800 kyats au marché noir. La différence entre les deux taux de change n’est compilée nulle part.

Au cours des dernières années, les généraux se sont rendu compte de l’ampleur des ressources naturelles du pays; ils ont donc commencé à développer des mégaprojets d’exploitation financés par des capitaux régionaux. La plupart de ces projets rapportent des profits à court terme pour les généraux, donnent un accès à long terme des pays voisins aux ressources nationales et ont des conséquences désastreuses pour les communautés locales.

Le projet d’exploitation du gisement Shwe est un bon exemple. En décembre 2003, on a découvert un gisement de gaz au large du littoral de l’État d’Arakan, à l’ouest de la Birmanie. On prévoit que ce gisement, appelé Shwe (« or » en birman), sera l’un des plus rentables d’Asie du Sud-Est. Après des années de négociation, des filiales de la société nationale chinoise du pétrole se sont assurées d’être les seules acheteuses et détentrices des droits de construction d’un gazoduc et d’un oléoduc sur un tracé parallèle pour acheminer le gaz du gisement de Shwe et le pétrole en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient, soit 2 800 kilomètres de canalisations qui traverseraient le pays dans la diagonale. Diverses composantes du projet pour extraire, traiter et exporter le gaz sont en cours de réalisation par un consortium d’entreprises chinoises, indiennes et sud-coréennes. Le gisement Shwe sera la principale source de revenus extérieurs de la Birmanie et profitera seulement aux généraux.

Chaque fois qu’un important projet d’extraction de ressources naturelles s’est réalisé en Birmanie, les communautés locales ont assisté à une augmentation marquée de la militarisation de leur région accompagnée d’une recrudescence des violations des droits de la personne. Les recherches effectuées par des organisations communautaires birmanes, avec lesquelles Inter Pares collabore, ont mis en évidence des cas de confiscation de terres, de travail forcé et pis encore. Lorsque le projet Shwe a été rendu public, laissant présager peu de retombées positives pour la population locale et une augmentation des cas de violation des droits de la personne, un certain nombre d’organisations communautaires et de personnes se sont réunies pour former le mouvement Shwe Gas Movement (SGM). Inter Pares appuie ce projet car celui-ci défend le respect des droits de la personne, la justice environnementale et la transparence dans la gestion des revenus provenant des secteurs gazier et pétrolier de Birmanie.

En septembre 2011, SGM a publié un rapport intitulé « Sold Out » rapportant des cas de violation des droits de la personne. Il fait aussi état d’affrontements entre des groupes armés et les forces gouvernementales à proximité du tracé du gazoduc. Le rapport décrit de manière détaillée la pénurie d’électricité et la problématique du chômage dans le pays. En conclusion, le rapport soutient qu’en l’absence de développement véritable, soit un développement soucieux de l’environnement et des droits des collectivités, qui a des retombées positives sur les communautés locales et qui est géré selon des mécanismes transparents et responsables, le projet doit être suspendu et tous les investissements gelés ou retirés.

Shwe Gas Movement a lancé une campagne mondiale demandant aux fonds de pension de vendre les parts qu’ils détiennent dans les entreprises impliquées dans le projet. Au Canada, ce sont Les amis canadiens de la Birmanie, un homologue d’Inter Pares, qui relaie cet appel. Les ministres des Finances des provinces ont les moyens d’exiger de l’Office d’investissement du RPC qu’il retire ses investissements, s’ils ont de bonnes raisons de le faire.

Renseignez-vous davantage au site web du SGM (en anglais seulement).  

Malgré la présence de ces richesses en Birmanie, près d’un tiers de la population du pays vit dans la pauvreté, selon les estimations officielles jugées conservatrices.

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