Préparer à manger ou se faire dévorer

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Préparer à manger ou se faire dévorer
 

D’un bout à l’autre du pays, les gens parlent d’alimentation et de politique autour de la table. Dans les communautés autochtones de Colombie-Britannique jusqu’au Labrador, dans les communautés agricoles des Prairies et dans les quartiers déshérités des centres-villes, les gens imaginent un système alimentaire qui reflète leurs valeurs. Comme le dit Colleen Ross, agricultrice et collègue d’Inter Pares, « Ils parlent la bouche pleine – pleine d’idées quant à la façon d’améliorer notre système alimentaire! »

Ces assemblées de cuisines font partie du projet Pour une politique alimentaire populaire (PPAP), un réseau pancanadien de citoyennes, de citoyens et d’organisations qui s’affaire à créer la première politique globale en matière de souveraineté alimentaire. Cette politique est fondée sur la vision d’une société où personne n’a faim et où tout le monde est plus étroitement lié à ses sources d’alimentation; où les sources alimentaires et les fournisseurs sont à l’honneur; et où les gens définissent et façonnent les politiques qui régissent le système alimentaire au moyen d’un processus démocratique et inclusif.

Au cours des trente dernières années, les politiques gouvernementales ont entraîné l’effondrement de la pêche à la morue et ruiné les fermes familiales. L’introduction de cultures génétiquement modifiées a provoqué une augmentation spectaculaire de l’utilisation d’herbicides et de pesticides. Aux Nations Unies, on a même vu le gouvernement canadien essayer de lever le moratoire sur l’infâme technologie des semences Terminator.

Ces politiques touchent tout le monde. Nos factures d’épicerie augmentent au même rythme que les agricultrices et agriculteurs s’appauvrissent. Notre système de santé croule sous l’accroissement des maladies directement liées à la consommation d’aliments surtransformés, bourrés de gras et de sucre. Dans le monde, un milliard de personnes meurent de faim alors qu’un demi-milliard souffrent d’obésité. Il faut de toute urgence modifier l’orientation des politiques et remettre entre les mains des citoyennes et des citoyens le pouvoir de décision quant à la production, la transformation et la distribution de ce que nous mettons dans notre assiette. Cela a été exprimé de façon éloquente à l’assemblée générale annuelle d’Inter Pares en avril dernier, quand le militant kényan Firoze Manji s’est écrié : « Il faut choisir : préparer à manger ou se faire dévorer! »

Le PPAP a clairement décidé de préparer à manger. Le projet est issu de la Commission populaire sur l’alimentation des années 1970. Cette commission de la base a visité 75 communautés d’un bout à l’autre du Canada et documenté la façon dont le système alimentaire touchait la vie des gens. Son rapport final, The Land of Milk and Money, sonnait l’alarme sur les difficultés que nous vivons aujourd’hui. Il a aussi informé toute une génération des enjeux politiques de l’alimentation. Depuis, on voit émerger un dynamique mouvement pour l’alimentation au Canada. Il est partout : conseils alimentaires municipaux, jardins communautaires, agriculture soutenue par la communauté, foires des semences, pêche durable à l’échelle locale, agriculture urbaine et fermes biologiques. En misant sur ces modèles à succès ancrés dans le milieu, le PPAP met de l’avant tout un éventail de points de vue et de solutions.

Le PPAP compte sur le soutien de son extraordinaire coordonnatrice, Amanda Sheedy, et sur un groupe de 70 énergiques bénévoles de tout le pays. Cela englobe des leaders ayant participé à la Commission populaire sur l’alimentation à l’époque, autant qu’une nouvelle génération d’agriculteurs, de chercheurs, de travailleurs communautaires et d’organisateurs qui tiennent sans relâche des assemblées de cuisines dans leur ville pour élaborer des propositions de politiques issues de la base. Depuis sa création en 2008, plus d’un millier de personnes ont participé au projet et des centaines de politiques ont été proposées. Une équipe de rédaction en fait la synthèse pour les intégrer dans une politique alimentaire populaire qui sera lancée en 2011.

Un élément sans doute aussi déterminant que la politique est le réseau qui est en train de se tisser d’un bout à l’autre du Canada entre les personnes qui aspirent à la justice du système alimentaire. Avec elles, Inter Pares a décidé qu’il n’est plus question d’attendre qu’on nous serve une politique – nous la préparons nous-mêmes dans nos cuisines!
 

Cette politique est fondée sur la vision d’une société où personne n’a faim et où tout le monde est plus étroitement lié à ses sources d’alimentation […] et où les gens façonnent les politiques qui régissent le système alimentaire.

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