Quand accès à la terre rime avec égalité des sexes au Chiapas

Nouvelles : Analyses

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Women's collective of La Grandeza
Au Chiapas : La travailleuse communautaire Catalina López Gómez (à gauche) rencontre le collectif des femmes de La Grandeza.Crédit: Bill Fairbairn

On ressent une incroyable impression de grandeur en entrant dans l’État le plus au sud du Mexique. Alors qu’on laisse derrière les routes sinueuses du Guatemala, on aperçoit à l’horizon les collines vallonnées des hauts plateaux du Chiapas. Ici, les droits de propriété foncière déterminent non seulement la capacité d’une famille à cultiver ce qu’elle mange et de gagner sa vie, mais aussi sa place dans les processus politiques locaux.

Suite à une réforme agraire au début du XXe siècle, l’ejido, un système de fermage communal, a été inscrit dans la loi. Même s’il s’agit d’un jalon important en matière de droits des collectivités rurales, sa conception est profondément discriminatoire pour les femmes autochtones. Le Centre pour les droits des femmes du Chiapas (CDMCH), homologue d’Inter Pares, lutte pour surmonter cette inégalité entre les sexes tout en préservant le système communal de propriété foncière central à l’ejido.

Les femmes autochtones du Chiapas se butent souvent à une triple discrimination : elles sont pauvres, autochtones et femmes. L’inégalité, la discrimination et la subordination leur créent des problèmes, même dans leur propre collectivité. Ainsi, l’exclusion des femmes du système d’ejido limite leur participation aux assemblées communautaires, là où se prennent plusieurs décisions majeures qui touchent leur vie.

Les recherches du CDMCH dans ces collectivités démontrent que seulement 18,5 % des femmes possèdent des terres. C’est donc leur mari ou d’autres hommes de leur famille qui contrôlent leur participation politique. À l’heure où un nombre croissant d’hommes quitte le Chiapas pour trouver du travail, le droit à la propriété devient un enjeu de plus en plus crucial pour les femmes autochtones.

Le CDMCH est conscient que la tâche est colossale, puisqu’il s’agit de remettre en question à la fois les droits fonciers et l’inégalité des sexes. Cela suppose de modifier des modèles historiques de discrimination juridique renforcés par les coutumes locales. Le CDMCH a accompagné douze collectifs de femmes sur une base continue, et renforcé leur capacité de défendre leurs droits, de les promouvoir et de les exercer.

Dans le cadre de ce processus, des travailleuses communautaires comme Catalina López Gómez (photo ci-dessus) accompagnent les collectifs afin de presser les autorités locales, municipales et étatiques à reconnaître le droit des femmes à la propriété foncière en tant que droit fondamental de la personne. Car à quoi bon une réforme agraire si elle exclut la moitié de la population?

Inter Pares est fière d’appuyer le travail du CDMCH en vue de surmonter les inégalités auxquelles se butent les femmes autochtones du Chiapas.

Les femmes autochtones du Chiapas se butent souvent à une triple discrimination : elles sont pauvres, autochtones et femmes.

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