Trente-cinq ans d’action d’Inter Pares pour la justice sociale

Voix : Récit personnel

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Lors de notre assemblée générale 2010, Peter Gillespie, membre du personnel, a livré ses réflexions sur quelque vingt-cinq ans de travail à Inter Pares. En voici une partie.

Ce soir, j’ai pensé évoquer quelques anecdotes pour raconter ce que fait – et ce qu’a fait – Inter Pares depuis sa création il y a trente-cinq ans.

J’ai eu le privilège de travailler avec certaines des personnes les plus extraordinaires au monde : des gens qui luttent contre la pauvreté, des militantes et militants des droits de la personne, des membres du mouvement antiapartheid et d’autres qui luttent contre les dictatures au Bangladesh, en Birmanie, en Indonésie et aux Philippines. Des personnes qui savaient que la démocratie, les droits de la personne et la justice sociale sont des valeurs auxquelles il vaut la peine de consacrer sa vie, quitte à la risquer parfois. De façon remarquable, en dépit du danger, elles ont fait du travail d’organisation, mis sur pied des coopératives agricoles, des organisations de femmes, des programmes d’éducation et de santé pour les personnes déplacées et des services pour celles et ceux qui ont survécu à la torture et la violence. Ce fut un honneur pour moi d’accompagner ces luttes – même si je suis encore hanté par le souvenir des amis et des collègues disparus en cours de route.

J’ai eu aussi le privilège de travailler avec certaines des personnes les plus marginalisées au monde : les wallahs des rickshaws au Bangladesh, qui m’ont appris l’humilité avec leur générosité aussi grande que leur pauvreté; les gens sans terre qui se défendent de l’expulsion par la force; les travailleurs de la canne à sucre aux Philippines, qui tâchent de démanteler un système féodal dont ils sont prisonniers avec leur famille depuis des générations; les réfugiés birmans qui, au péril de leur vie, organisent des équipes de santé qui vont soigner les communautés déplacées dans les zones de guerre.

Un élément du caractère unique d’Inter Pares, c’est que nous avons toujours inclus le Canada dans notre travail sur le terrain. À mon arrivée en 1985, Inter Pares s’intéressait à la médicalisation de la santé des femmes et au ciblage des femmes par l’industrie pharmaceutique. Notre travail mobilisait des militantes canadiennes de la santé et intégrait les expériences parallèles de femmes du Bangladesh. Au cours des années 1990, au Canada et outre-mer, nous avons travaillé aux droits relatifs à la santé génésique, afin de contester les programmes de stérilisation autocratiques, coercitifs et souvent imposés de force à des femmes pauvres au Bangladesh et en Indonésie, de même qu’à des femmes autochtones et handicapées au Canada.

Inter Pares participe aussi aux débats sur le rôle du Canada dans le monde – en ce qui a trait à la réglementation des sociétés minières canadiennes ayant des activités à l’étranger, aux agrocombustibles et au besoin d’un cadre éthique pour l’Office d’investissement du régime de pensions du Canada.

Plus récemment, nous avons travaillé avec les réfugiés birmans en Malaisie, appuyant leurs efforts d’organisation en vue d’assurer leur protection. Être une personne réfugiée en Malaisie, c’est être hors-la-loi. N’ayant pas signé la Convention des Nations unies sur les réfugiés, la Malaisie les considère comme des immigrants illégaux. Après avoir dû fuir leur patrie, les personnes réfugiées risquent l’arrestation, l’extorsion, la détention, la flagellation et la déportation. Elles sont souvent vendues par les autorités malaisiennes de l’immigration à des trafiquants qui les revendent comme esclaves dans les plantations et les flottes de pêche. Dans le cas des femmes, c’est souvent la disparition pure et simple. Le gouvernement malaisien a mis sur pied des groupes de justiciers civils qui font la chasse aux réfugiés, leur versant une prime pour chaque personne capturée. On imagine facilement comment les choses se passent.

Il y a plusieurs années, j’ai visité un camp où vivaient une quarantaine de réfugiés dans la jungle malaise. C’était dans un ravin infesté de moustiques où les personnes dormaient sur des plateformes de bambou recouvertes de bâches en plastique. Sur le seul espace plat, elles avaient érigé une chapelle. C’est là qu’elles se réunirent pour me raconter leur vie. Tous les quelques mois, la police arrive à cheval; les réfugiés s’enfuient dans la jungle pendant que la police brûle tout. Quelques jours plus tard, les réfugiés viennent rebâtir le camp. Certains vivaient là depuis dix ans.

Quand vint le moment de partir, un homme plus âgé se leva. Il pleurait. Il déclara : « Ça me fend le cœur qu’une personne s’inquiète suffisamment de notre sort pour venir d’aussi loin jusqu’ici.

Je pense que cela décrit assez bien le travail d’Inter Pares. Nous essayons de lever le voile sur le sort des personnes les plus marginalisées au monde. Et nous essayons de soutenir leurs efforts pour vivre dans la sûreté, la sécurité et la justice.

Le texte complet de l’allocution de Peter est disponible ici (en anglais seulement). 

J’ai eu le privilège de travailler avec d’extraordinaires personnes […] Des personnes qui savaient que la démocratie, les droits de la personne et la justice sociale sont des valeurs auxquelles il vaut la peine de consacrer sa vie.

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