Asha El-Karib et Amanda Dale échangent sur les enjeux liés à l’égalité des femmes

Nouvelles : Analyses

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Asha and Amanda
Deux militantes de l’égalité des femmes: Asha El-Karib (à gauche) et Amanda Dale. Crédit: Bahar Shadpour

En 2008, lorsqu’Asha El-Karib et Amanda Dale se sont rencontrées à Khartoum, leurs discussions autour de la loi sur la famille et son impact sur la vie des femmes tombaient à point nommé pour elles deux. Asha El-Karib est directrice générale de la Sudanese Organization for Research and Development (SORD), basée à Khartoum, tandis qu’Amanda Dale est membre du Conseil d’administration d’Inter Pares et directrice de la Barbra Schlifer Clinic, une clinique torontoise qui prodigue services de conseil, d’interprétation et d’appui juridique aux femmes ayant connu la violence. Lorsqu’elles se sont retrouvées en avril 2012 à Ottawa, dans le cadre de la série de conférences d’Inter Pares, Asha El-Karib et Amanda Dale ont parlé des dénominateurs communs à leur combat pour les droits de la femme.

Amanda Dale s’est rappelée que lorsqu’elle a fait la connaissance d’Asha El-Karib, le mouvement féministe ontarien venait de réussir, un an plus tôt, à faire amender la Loi sur l’arbitrage, une loi adoptée en Ontario en 1991 dans le but de faciliter les échanges commerciaux internationaux. Une des conséquences inattendues de cette loi était qu’elle autorisait les tribunaux religieux à statuer sur les questions familiales et que le processus était contraignant, signifiant que le recours à l’arbitrage religieux interdisait toute autre forme de recours judiciaire. Pour Amanda Dale, les efforts menés pour faire amender cette loi, de sorte que les différends familiaux soient uniquement examinés à la lumière des législations ontariennes et canadiennes, ont changé sa vision des choses. « Ce combat, qui a duré cinq ans, est l’illustration même de ce que le pluralisme, culturel ou religieux, ne doit pas nécessairement être en contradiction avec les droits des femmes ».

Cette lutte a trouvé un écho chez Asha El-Karib et dans la lutte que SORD continue de mener pour l’égalité des sexes au Soudan. C’est en 2007 que SORD s’est lancée dans l’analyse des textes de loi qui affectent la vie des Soudanaises. Cela a permis d’établir qu’au Soudan, les relations familiales – divorce, héritage, garde des enfants – étaient régies par des lois discriminatoires fondées sur l’assujettissement de la femme à l’homme.

Revendiquer la modification de la loi sur la famille est alors devenu un élément central de l’action de SORD qui est convaincue que les Soudanaises ne pourront pas avancer sur le chemin qui mène à l’égalité tant qu’elles resteront opprimées à la maison. Amanda Dale est tout à fait d’accord avec ce postulat : « La loi sur la famille représente le domaine du droit qu’il est le plus difficile de faire évoluer puisque c’est par la famille qu’une culture est transmise; cela ne veut pas dire que ces violations fassent partie intégrante de la culture mais que celle-ci leur sert souvent de justificatif ».

Étant donné la nature du travail de SORD, on a reproché à ses membres d’être contre l’Islam et  elles ont été la cible de groupes islamistes fondamentalistes soudanais. Pourtant, Asha El-Karib persiste : « Rien dans l’Islam ou dans la culture soudanaise ne légitime la discrimination faite aux femmes ni le fait de les traiter comme des mineures… Il ne s’agit pas de culture mais de patriarcat ».

L’exemple de la bataille pour la modification de Loi sur l’arbitrage en Ontario montre bien qu’aucun droit ne peut être pris pour acquis, même dans un état laïc et démocratique comme le Canada. Au cours de cette conférence, Amanda Dale nous a rappelé qu’il fallait toujours que l’accès des femmes à la justice prévale sur le reste. Asha El-Karib ne pourrait être plus d'accord. Débuté il y a plusieurs années, le dialogue entre les deux femmes est plus que pertinent aujourd’hui et illustre la nécessité de mieux comprendre les lois sur la famille et leur impact sur les droits des femmes, partout dans le monde.

Préoccupée par la résurgence de mouvements fondamentalistes dans toutes les grandes religions – résurgence qui s’accompagne d’un essor de valeurs patriarcales strictes – Inter Pares continuera d’appuyer la lutte internationale pour les droits des femmes et l’égalité.

 

Visionnez la vidéo de l'échange entre Amanda Dale et Asha El-Karib à l'édition 2012 de la série de conférences annuelles d'Inter Pares:

 

La première édition des conférences annuelles d’Inter Pares – 23 avril 2012 par FTP MEDIA on Vimeo.

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