Déclaration sur les morts tragiques de Colten Boushie et Tina Fontaine

Nouvelles : Mises à jour

Imprimer cette page

 Des manifestants se sont rassemblés à Edmonton pour protester contre l'acquittement de Gerard Stanley.Crédit: Jason Franson, La Presse canadienne

Inter Pares souhaite transmettre ses plus sincères condoléances à la famille de Colten Boushie ainsi qu’aux membres de sa communauté, la Première Nation de Red Pheasant. Nous souhaitons également exprimer notre tristesse et nos condoléances à la famille de Tina Fontaine, de même qu’aux membres de sa communauté, la Première Nation de Sagkeeng.

La vie de ces deux jeunes personnes a pris fin beaucoup trop tôt, sans qu’aucun responsable soit désigné. Bien que ces deux actes aient été commis par des individus, la société canadienne est collectivement responsable d’avoir échoué à créer un pays où Colten Boushie et Tina Fontaine auraient pu vivre une longue vie bien remplie. Trop souvent, les Autochtones ont été laissés pour compte par les systèmes canadiens de justice et d’aide sociale à l’enfance.

Les Autochtones du Canada doivent affronter différentes barrières systémiques dans leur quête pour la justice. Au Canada, le processus d’enquête et l’application de la loi sont déficients lors de meurtres commis contre les Autochtones — ce que met en évidence le nombre effarant de disparitions ou de meurtres de femmes et de filles autochtones qui n’ont toujours pas été résolus. Au Canada, les femmes et les filles autochtones subissent différentes formes de violences dans une proportion démesurément élevée. Les Autochtones, les Métis et les Inuits sont par ailleurs abusivement incarcérés : ils composent plus 25% de la population carcérale alors qu’ils ne constituent que 5 % de la population du pays.

Qui plus est, le système judiciaire exclut systématiquement les Autochtones des jurys. C’est ce que révèle le rapport de l’honorable Frank Iacobucci remontant à 2013, La représentation des Premières Nations sur la liste des jurés en Ontario, qui montre que les membres des Premières Nations vivant dans des réserves sont sous-représentés au sein des jurys ontariens. La recommandation no 15 du Rapport Iacobucci suggère de modifier le Code criminel du Canada de telle sorte « qu’il soit impossible d’user de récusations péremptoires pour écarter les membres des Premières Nations d’un jury de façon discriminatoire ».

Comme Norma Kassi l’a mentionné lors des audiences de la Commission de vérité et de réconciliation menées à Inuvik, « les pensionnats ont fermé leurs portes, mais les foyers d’accueil existent encore et nos enfants nous sont encore arrachés ». Le Tribunal canadien des droits de la personne nous a en outre montré que le gouvernement canadien faisait preuve de discrimination raciale envers 163 000 enfants autochtones et leur famille alors qu’il leur offre des services d’aide sociale déficients et inéquitables.

Dans la lutte visant à éliminer les inégalités raciales systémiques au Canada, il est essentiel que nous continuions à bâtir des relations empreintes de solidarité et de compréhension entre les peuples autochtones et non autochtones. Cela implique notamment de remettre en question et de transformer les attitudes racistes profondément ancrées. Sur ce dernier point, Inter Pares soutient les initiatives telles que le communiqué émis par l’Union nationale des fermiers — une organisation homologue avec laquelle Inter Pares entretient des liens de longue date —, qui condamne les propos racistes publiés sur les médias sociaux à la suite du tragique décès de Colten Boushie.

La Commission de vérité et de réconciliation du Canada (CVR) demande au gouvernement canadien de travailler main dans la main avec les peuples et les nations autochtones afin de panser les blessures historiques causées par la colonisation, et de réformer les systèmes légal et juridique canadiens afin d’assurer aux Autochtones un accès sans entrave à la justice. La CVR a relevé l’existence actuelle de politiques discriminatoires envers les Autochtones qui, de plus, les rendent vulnérables; les nombreux cas où les enfants autochtones sont placés en dehors de leur famille constituent une éloquente illustration de ce phénomène. Nous croyons que la mise en œuvre par le gouvernement des 94 appels à l’action faits par la CVR constitue une étape cruciale afin d’éviter que des tragédies comme celles qui ont coûté la vie de Colten Boushie et de Tina Fontaine se reproduisent à l’avenir. La mise en œuvre de ces appels à l’action relève de la responsabilité de toutes les Canadiennes et tous les Canadiens. Inter Pares continuera de travailler de manière solidaire avec les peuples autochtones afin de soutenir leurs revendications en matière de justice.

Faire un commentaire

backdrop