Des voix civiles dans les négociations de cessez-le-feu en Birmanie

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L’État Karen : des villageois exigent la fermeture d’un centre d’entraînement de l’armée construit sur un territoire volé.
L’État Karen : des villageois exigent la fermeture d’un centre d’entraînement de l’armée construit sur un territoire volé.

Comme le résume si bien un vieux proverbe « quand les éléphants se battent, ce sont les fourmis qui meurent ». En Birmanie, la junte militaire en est l’illustration criante. Durant des décennies, elle a tout fait pour affaiblir l’opposition armée : incendies de villages, internement des civils dans des camps de travail, traque et exécution de tous ceux qui désobéissent. Dans les conflits armés, les civils sont souvent la cible des violences; lorsque vient le temps de faire la paix, ils sont souvent exclus des négociations. Il n’est donc pas étonnant de constater que les accords de cessez-le-feu ne tiennent compte, dans la plupart des cas, que des intérêts des combattants, laissant peu de place à ceux que les conflits ont dépossédés.

Depuis 2011, les négociations de cessez-le-feu se poursuivent entre le pouvoir birman et de nombreuses forces d’opposition. Les représentants du pouvoir s’en tiennent aux tactiques éprouvées des années quatre-vingt-dix, c’est-à-dire éviter de traiter des droits de la personne, de la responsabilité des militaires ou des aspirations des groupes ethniques à une structure de type fédéral pour ne discuter que de positions militaires et de projets d’infrastructures ou de « développement » des ressources. Ce sont de telles négociations, conclues en 1994 avec des représentants kachin, qui ont abouti à une exploitation débridée des ressources par les militaires et les entreprises qui leur sont associées sans consultation de la population civile. Selon le Groupe de réseautage pour le développement kachin (KDNG), un homologue d’Inter Pares, « les ressources forestières ont été épuisées, les cours d’eau empoisonnés, le lit des fleuves détourné. Des soldats birmans ont déferlé dans la région, confisquant les terres » et se servant des civils comme main d’oeuvre forcée. De nombreuses personnes, ainsi dépossédées, se sont retrouvées « dans des camps miniers sordides... De nombreuses jeunes femmes ont été victimes de la traite vers la Chine... La consommation de drogues est désormais monnaie courante dans les zones minières ». Avec l’aggravation des tensions, le conflit armé a repris de plus belle en 2011. Depuis, 100 000 civils kachin ont fui leurs maisons, sans grand espoir d’y retourner dans un avenir proche.

KDNG raconte son expérience aux autres groupes ethniques pour les mettre en garde contre les pourparlers de cessez-le-feu : il faut, d’abord, que les accords traitent de la question des droits politiques et qu’ils ne se résument pas à des concessions de type économique; ensuite, il faut faire entendre la voix de la population civile dans les négociations.

Certaines organisations communautaires qu’Inter Pares appuie depuis des années œuvrent pour modifier les façons de faire. Des dizaines de groupes représentant différentes régions ethniques se sont réunis pour échanger idées et expertise et mettre en place des politiques qui – ils l’espèrent – auront un impact sur les accords de cessez-le-feu et les plans de développement à venir. Elles ont aussi entamé des discussions avec des groupes politiques et armés de l’opposition pour présenter les préoccupations des villageois en matière de droits fonciers, de travail forcé et de mines antipersonnel. Dans au moins un cas, un groupe d’opposition ethnique a demandé la contribution de ces dernières dans la mise en place de sa plateforme de négociation au cours des deux dernières années.

Avec la prise en compte par les groupes d’opposition des droits de la personne dans leurs stratégies de négociation, des problématiques liées à la situation des femmes, des paysans et même des enfants figurent, pour la première fois, dans les accords de cessez-le-feu. Ainsi en vertu de l’accord de cessez-le-feu dans l’État Karenni, des groupes civils locaux ont été chargés de la supervision de certains projets publics; le nouvel accord conclu avec l’État Chin fait du consentement libre, préalable et éclairé de la population locale une condition à la mise en oeuvre de tout projet de développement à grande échelle.

Étant donné que l’instauration d’une paix durable n’est pas imminente, les organisations communautaires birmanes font de leur mieux pour en influencer les termes. Inter Pares continuera de les appuyer pour la réalisation du rêve de plusieurs militants locaux : parvenir à un accord de paix qui s’articule non pas sur les intérêts militaires, mais sur ceux des civils.

Notre impact

Tisser des liens entre les organisations communautaires afin que les préoccupations des citoyens soient incluses dans les processus de négociation des cessez-le-feu en Birmanie.

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