Contrer la déshumanisation et la haine

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 Des familles Rohingyas qui ont fui vers le BangladeshCrédit: EU/ECHO/Pierre Prakash, Creative Commons

"J’étais chez nous avec ma belle-sœur de 22 ans. Nous sommes sorties en courant. Il y avait des gens qui couraient partout. Ma belle-sœur a reçu une balle dans le ventre. Il y a eu plusieurs morts – jusqu’à 100, des hommes et des femmes. J’ai vu des petits enfants lancés dans des maisons en flammes – c’est arrivé aux enfants de nos voisins, des tout-petits. Moi aussi, on m’a tiré dessus cette fois-là." 

Jeune fille rohingya de 17 ans, entrevue no 12, dans Witness to Horror

Depuis octobre 2016, les forces armées birmanes ont déclenché une nouvelle vague de violence contre des civils musulmans rohingyas dans le nord-ouest du pays. Les villages en flammes, les massacres, les viols et les pillages ont fait fuir au moins 70 000 Rohingyas vers le Bangladesh. Dirigé par la récipiendaire du prix Nobel Aung San Suu Kyi, le gouvernement birman nie toute allégation d’acte répréhensible par ses forces armées, affirmant que les Rohingyas brûlent leur maison dans l’espoir que les organismes d’aide internationale leur en bâtissent de nouvelles. Ce même gouvernement empêche les organismes humanitaires, les journalistes et les enquêteurs indépendants d’entrer en contact avec les Rohingyas, en plus de refuser de coopérer avec une mission d'enquête mandatée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU.
 
Depuis des décennies, les forces armées birmanes violent systématiquement les droits des Rohingyas et attisent les tensions entre ces derniers (musulmans) et leurs voisins arakanais (bouddhistes). Depuis 2012, on estime de façon conservatrice que des vagues de violence répétées ont poussé 168 000 Rohingyas à quitter la Birmanie, et en ont forcé plus de 140 000 autres à vivre dans des camps de concentration sordides à l’intérieur du pays. Cette violence a été qualifiée de crime contre l’humanité, de nettoyage ethnique, voire de génocide.
 
Les forces armées et l’État ont obtenu le soutien populaire en présentant les Rohingyas comme des étrangers indésirables qui menacent la sécurité intérieure. De puissants moines bouddhistes ont propagé des discours haineux sans trop d’ennuis. Les propos déshumanisants prolifèrent sur les médias sociaux.
 
Le rapport Witness to Horror documente le témoignage de femmes rohingyas déplacées par la dernière vague de violence. Leurs récits atterrants sont publiés par le Kaladan Press Network, une agence de presse indépendante rohingya et homologue de longue date d’Inter Pares.
 
Il est crucial de documenter les faits vécus pour contrer la situation et bâtir la solidarité en Birmanie. Avec l’appui d’Inter Pares, Kaladan et d’autres agences de nouvelles ont mis sur pied Burma News International en 2003, afin de faciliter la collaboration entre journalistes locaux. Regroupant onze groupes médiatiques, il s’agit de la seule coalition birmane qui comprend à la fois des membres rohingyas et arakanais.
 
Un autre homologue d’Inter Pares, dont nous tairons le nom pour des motifs de sécurité, travaille à réunir de jeunes Rohingyas et Arakanais dans des cours de leadership axé sur la collaboration. Cela favorise la compréhension mutuelle et l’empathie afin de contrer la haine et la déshumanisation. Inter Pares a aussi appuyé une visite de membres de la société civile birmane au Bangladesh, dans le but de rencontrer des réfugiés rohingyas.
 
À Inter Pares, nous estimons qu’il est tout aussi important de faire connaître à la population canadienne ce que nous entendons en Birmanie et d’influencer la politique étrangère du Canada en la matière. En 2016, nous avons témoigné devant le Sous-comité des droits internationaux de la personne, qui a ensuite publié un rapport dans lequel il émet des recommandations concernant l’intervention du Canada en faveur des droits des Rohingyas.
 
À la mi-2017, nous avons commencé à soutenir un projet en Ontario. « I Am Rohingya » est une pièce de théâtre créée par de jeunes Rohingyas de familles réfugiées au Canada. Un des producteurs de la pièce, Innerspeak Media, réalise présentement un documentaire afin de diffuser leur message à un plus vaste auditoire. Mariant droits humains, expériences des réfugiés et action internationale, ce projet illustre l’interdépendance qui nous unit tous et toutes. À travers nos programmes en Birmanie, nous cherchons à tisser des liens comme ceux-là et à mettre l’accent sur notre humanité commune.
 
Notre programme en Birmanie est réalisé avec l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d'Affaires mondiales Canada.

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